Notre quinzaine : Dieu se rit…

Publié le 26 Juin 2024
dieu droite gauche

En 1789, lors de la création de l’Assemblée nationale, les députés qui soutiennent le roi sont repoussés sur la droite.

Où va la France ? Cette question, nous sommes beaucoup à nous la poser depuis le résultat des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce choix présidentiel, prévu par la Constitution, a entraîné une accélération de l’histoire dont nous ne savons pas où elle mènera notre pays.

 

Une logique de… gauche

La mise en place rapide d’un « Nouveau Front populaire » a surpris et étonné. Or cette union des gauches est dans le sens même du système politique dans lequel nous vivons. Elle n’a rien d’un accident de l’histoire, dû à la conjonction des événements et du talent de certains hommes.

En 1977, dans La Droite et la Gauche, Jean Madiran l’avait expliqué avec la rigueur et la concision qu’on lui connaît. Plus récemment, Yves-Marie Adeline a proposé une analyse allant dans le même sens. En 1789, lors de la création de l’Assemblée nationale, les députés qui soutiennent le roi sont repoussés sur la droite. Simple répartition sur les bancs d’une assemblée ? Oui, mais qui révèle la réalité profonde du système révolutionnaire. Madiran l’explique en quelques mots : « La distinction entre une droite et une gauche est toujours une initiative de la gauche, prise par la gauche au profit de la gauche : pour renverser les pouvoirs en place ou pour s’en emparer. »

La logique même du système né de 1789 implique que la gauche incarne la légitimité républicaine, désigne son adversaire, mobilise contre lui. « Est “de droite”, poursuit encore Madiran, celui que la gauche désigne comme tel ou dénonce comme tel : et l’inverse n’est pas vrai. (…) il n’y a pas de distinction objective entre la droite et la gauche, une distinction qui serait la cause de leur constitution en groupes politiques ; il y a, à l’origine, un acte de pure volonté qui institue le jeu droite-gauche, ou plus exactement le jeu de la gauche contre la droite. »

Dès lors, la gauche est légitime pour dénoncer le péril fasciste ; légitime pour s’unir au-delà de ses différences ; légitime pour combattre son adversaire dans les urnes et dans la rue.

 

Une grande absente

Pris dans cet étau dialectique, la droite et le centre explosent aujourd’hui. Ils sont sommés de prendre parti, de se décider pour le bien ou pour le mal, pour la gauche ou le fascisme. Que ce dernier danger soit une illusion importe peu. Ce n’est pas la réalité qui dicte les choses, mais l’idéologie.

La grande absente de ce moment politique, c’est évidemment l’idée même du bien, et d’un bien poursuivi en commun, considéré comme essentiel et premier, avant même les intérêts immédiats des uns et des autres. Mais comment un régime politique fondé dès l’origine sur l’opposition des uns contre les autres (la gauche et la droite), et sur la délégitimation des uns par les autres, pourrait-il parvenir à créer les conditions pour poursuivre le bien commun ?

On peut certes invoquer celui-ci, et même à satiété. Dès lors que l’on ne rompt pas radicalement, et d’abord dans les esprits, avec les éléments constitutifs d’une guerre civile perpétuelle, il sera impossible de l’approcher réellement.

« Quelle politique désirer ? poursuivait Jean Madiran dans son petit livre. L’esprit public ne le sait. Pour le savoir avec assurance, il faudrait une idée du bien : du bien à espérer et à vouloir en commun. Cette idée manque. L’histoire entière de l’humanité, celle de la France en particulier, montre que l’entente au moins implicite sur une commune mesure du bien est l’indispensable ressort de toute vie nationale. Quand cette idée s’estompe, quand aucune autorité politique n’est en situation de la ranimer et de la faire prévaloir, alors l’État et la société s’en vont à la dérive : comme aujourd’hui. »

 

Sortir de la cage d’acier

Certes, la question de l’immigration de masse, celle de l’insécurité galopante ou de la pauvreté endémique, ainsi que d’autres éléments encore, reviennent comme un boomerang pour bousculer la vie politique du pays et appeler à un certain retour au réel. Un profond sentiment d’injustice accompagne ce retour. Il faut y répondre certainement, et avec une certaine urgence.

Reste que même si cette réponse est apportée et qu’elle parvient à s’inscrire dans la durée, il faudra parvenir à sortir de la cage d’acier dans laquelle la vie sociale est enfermée. Il s’agit d’un travail de longue haleine, qui nécessite de bien prendre en compte les circonstances sans se laisser emporter par la crainte qui annihile la volonté ou par l’emportement qui empêche un véritablement jugement

Dans l’Histoire des variations des Églises protestantes (livre IV), Bossuet écrit que « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. » Une leçon toujours actuelle et qu’il faudrait peut-être méditer…

 

>> à lire également : Les catholiques et le sport (1/3) | Un dominicain très moderne : le père Didon et les Jeux olympiques

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

Ce contenu pourrait vous intéresser

ÉditorialLettre Reconstruire

Retrouver le sens de la vérité

Lettre Reconstruire n° 38 (Juillet 2024) | Éditorial | Dans les moments de trouble comme nous en vivons actuellement, dans les périodes d’accélération dans les remises en cause de tous ordres, il faut au moins, individuelle­ment et familialement, se raccrocher aux points de repère certains aux plans naturel et surnaturel. Contre le doute, il faut entretenir en soi la recherche permanente de la vérité.

+

france 4684488 1280 vérité
ÉditorialLiturgie

Notre quinzaine : Rester, non pas dans le coup, mais dans le cœur !

Édito du Père Danziec | Tel est le principe du cycle, une continuation, sans arrêt et circulaire, dont le centre est Dieu. En ce mois de juin, comme l’an passé, et l’année qui lui était précédente, et les autres encore qui leur étaient antérieures, et ce depuis des siècles, l’Église militante de la terre invite une nouvelle fois les fidèles à se tourner vers le Sacré Cœur de Jésus. Un cœur source de vie pour nos âmes en manque de palpitations.

+

sacré cœur
Éditorial

Notre quinzaine : « Mon vieux, je suis un homme nouveau »…

Édito de Philippe Maxence | Cette année encore, le pèlerinage de Notre-Dame de chrétienté qui s’est déroulé à la Pentecôte a rencontré un véritable succès avec plus de 18 000 pèlerins inscrits. Des jeunes, beaucoup de jeunes mais aussi des familles réunissant les parents et les enfants, voire parfois les grands-parents. À son ami Joseph Lotte, Péguy avait déclaré : « Mon vieux, je suis un homme nouveau. J’ai tant souffert et tant prié, tu ne peux pas savoir. (…) J’ai fait un pèlerinage à Chartres, 144 kilomètres en trois jours... » Au XXe siècle, Péguy représente la réalisation de la parole évangélique : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn, 12, 24). 

+

homme nouveau Chartres
ÉditorialEglise de France

Notre quinzaine : Catholiques, un point c’est tout !

Édito du Père Danziec | Ils viennent de partout mais ils ne vont pas nulle part. Ils marchent ensemble, dans la même direction. Leur rayonnement subjugue et l’organisation qui les entoure impressionne. Ils sont de tous les âges et de toutes les conditions. Ils s’agenouillent ensemble et partagent le même Credo. Ils sont pèlerins de Chartres, marcheurs de Dieu et témoins de chrétienté. Ils sont catholiques. Tout simplement catholiques. Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière, aspirant bonnement à le devenir toujours plus intégralement, la grâce de Dieu aidant.

+

catholiques Chartres
ÉditorialChrétiens dans le monde

Le Vietnam catholique après Diên Biên Phu (2/3) : Une réappropriation progressive du clergé vietnamien

Dossier « Le Vietnam catholique après Diên Biên Phu » 2/3 | Comment les soubresauts de la décolonisation ont-ils affecté l’Église du Vietnam ? Désireuse de maintenir une distinction essentielle entre colonisation et mission et de faire émerger de véritables communautés catholiques locales, Rome avait en fait pris soin très tôt de former et d’émanciper un clergé indigène pour remplacer les missionnaires occidentaux.

+

vietnam clergé
Éditorial

Notre quinzaine : Vertu de piété ou nostalgie ? 

On a beaucoup reproché à nos compatriotes de se complaire dans la commémoration des défaites de la France. Dans le souvenir de Diên Biên Phu, il ne s’agit pas tant d’entretenir aujourd’hui la nostalgie d’une époque révolue que de se placer dans la perspective de la vertu de piété naturelle dont on rappellera ici en passant qu’elle est annexe à la vertu de justice et qu’elle nous permet de rendre imparfaitement ce que nous devons à nos parents et à notre pays. Le devoir de piété relève des premiers principes de la loi naturelle et trouve une expression synthétisée dans le quatrième commandement du Décalogue.

+

Diên Biên Phu piété naturelle