La double table de la Parole et de l’Eucharistie

Publié le 01 Fév 2023

L’Écriture nourrit la foi en nous. Évangéliaire du XIIe siècle (CC BY-SA 2.5, Marie-Lan Nguyen).

Depuis quelques années déjà, le troisième dimanche de l’année, de par la volonté même du Pape, est consacré à la Parole de Dieu, qui est une vrai nourriture. Le Pape est donc revenu sur ce thème lors de la messe du dimanche 22 janvier 2023. Au goût peut-être amer au début, cette lecture, à la fois divine et humaine, prend rapidement le goût de miel. La Tradition de l’Église atteste la vérité de l’expression de l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ parlant de la double table de la Parole et de l’Eucharistie. Expression relativement récente donc, mais dont le contenu remonte à la plus haute antiquité. Saint Hilaire parle de la « table du Seigneur » et de la « table des leçons dominicales ». Saint Césaire d’Arles précise : « Qu’est-ce qui vous semble être le plus grand : le Corps du Christ ou la Parole du Christ ? Si vous voulez dire la vérité vous répondrez que la Parole du Christ n’est pas moins que son Corps. » Certains objecteront peut-être : n’est-ce pas faire du protestantisme que de prôner une pareille vénération pour la Sainte Écriture ? Non, si nous maintenons la doctrine catholique sur l’Eucharistie et le Saint Sacrifice de la messe. Ce parallélisme entre l’Eucharistie et l’Écriture, outre qu’il est traditionnel, comme nous venons de le dire, a été affirmé par le magistère, dès le concile de Trente. Encouragés de la sorte, nous pouvons poursuivre avec beaucoup de profit, pourvu qu’avec l’Église nous gardions intègre la foi dans ces deux mystères qui, tous deux, nous donnent le Verbe incarné. L’Eucharistie en effet nous donne son propre corps, tandis que la Bible nous donne sa parole remplie de lumière. L’Écriture nourrit la foi en nous faisant pénétrer les arcanes du Verbe et de l’Esprit illuminateur, tandis que l’Eucharistie nous livre la vie divine en nous nourrissant de la chair du Verbe incarné, qui nous a aimés jusqu’à la fin.

Il était important de dire cela en préambule, pour bien comprendre la pensée du Pape. Celui-ci, à son habitude, nous rappelle trois grandes vérités. D’abord, la Parole de Dieu est pour tous. Jésus lui-même, messager et message de l’Évangile comme nous l’avons dit la dernière fois, se fatigue pour annoncer partout la Bonne Nouvelle du salut, y compris en Samarie et en Décapole. Grâce à lui, les peuples de la Galilée des nations, les habitants de la route de la mer et de l’au-delà du Jourdain, comme dit Isaïe, peuvent entrevoir la lumière divine, car, comme il le dira, il est la « Lumière du monde ». C’est pour cette raison qu’il guérit et relève, convertit les pécheurs et prêche le salut.

Deuxièmement, cette Parole de Dieu est adressée à tous, car nous sommes tous appelés à la conversion, étant tous pécheurs en Adam, pour être tous sauvés en la Personne du second Adam, si on ne s’y oppose pas volontairement par un non catégorique qui nous saccage nous-mêmes. Dieu nous sauve, à condition que nous disions notre oui, comme Jésus et Marie. Jésus n’aime pas les tièdes qu’il « vomit de sa bouche ». Aussi, la Parole de Dieu nous secoue-t-elle, après avoir pénétré nos intentions comme une épée à double tranchant. L’homme regarde l’extérieur, Dieu lui regarde les cœurs. La Parole de Dieu nous fera toujours voir ce qu’il faut faire au moment voulu pour être fidèle à l’Alliance que Dieu veut contracter avec nous.

Enfin, la Parole de Dieu nous rend évangélisateurs, annonciateurs de Jésus, qui veut faire de nous, comme pour Pierre et André, Jacques et Jean, des pécheurs d’hommes. Maintenant, les Apôtres devront jeter leurs filets dans la mer houleuse de ce monde, pour ramener au Père tous les enfants prodigues, pour attirer dans les filets de l’Église toutes les âmes. Que Marie, Mère de l’Église, nous fasse comprendre la réalité de l’enjeu.

 

Photo : L’Écriture nourrit la foi en nous. Évangéliaire du XIIe siècle (CC BY-SA 2.5, Marie-Lan Nguyen).

Un moine de Triors

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