> L’Essentiel de Joël Hautebert
Dans Arrogance et manie du changement, le professeur Xavier Martin montre à quel point tous les ingrédients anthropologiques et philosophiques des idéologies modernes sont déjà présents au temps des Lumières et lors de la Révolution. Une humanité sacralisée mais l’homme réel nié, un système déifié et tout remords rejeté : l’esprit de système et l’arrogance des Lumières et des hommes de la Révolution ont investi toute la vie publique en France.
Professeur émérite d’histoire du droit de l’université d’Angers, Xavier Martin a récemment publié un nouvel opus (1) s’ajoutant à une quinzaine d’ouvrages édités depuis un peu plus de trente ans sur les Lumières et la Révolution. Autant dire que de la plume de l’auteur jaillissent des traits inspirés par plus de trente années de lecture patiente et minutieuse d’une littérature pléthorique et multiforme, réunissant aussi bien les traités, les romans, les interventions dans les assemblées que les textes de loi ou la simple correspondance. C’est ainsi que l’on peut entrer dans l’esprit d’une époque, esprit qui sous-tend ses pratiques aussi bien individuelles que collectives. L’ampleur de ce matériau brut laisse l’auteur « songeur » devant la tâche qui reste à accomplir. Pour notre part, nous sommes songeurs devant la tâche accomplie, la somme des sources accumulées, assimilées et synthétisées pour le plus grand profit des lecteurs.
Les pulsions de la Révolution mises à jour
Les nombreux dossiers ouverts par Xavier Martin nous aident à saisir toutes les facettes de la « pulsion fondatrice et/ou refondatrice de la Révolution » et leur racine commune, grâce à une clef de lecture, anthropologique, que peu avaient utilisée jusque-là. C’est l’œuvre entière qu’il faut lire, depuis la publication de Nature humaine et Révolution française. Du Siècle des Lumières au Code Napoléon (DMM, 1994), Chaque ouvrage a ensuite apporté une nouvelle pierre à l’édifice, le champ d’investigation embrassant un siècle d’histoire (2). Dans ce nouveau livre, Xavier Martin traite de l’omniprésence de deux idées forces, l’esprit de système et l’arrogance des Lumières et des hommes de la Révolution. Le contexte n’est pas oublié. L’« ample brocante socio-institutionnelle qu’au fil des siècles est devenu le tissu de la France monarchique » a facilité l’émergence d’une effervescence réformatrice qui, très vite, est devenue un lieu commun d’une littérature qui déborde aisément vers le politique. Chacun pouvait y aller de son projet de…







