Prison 1/4 : Prisons françaises, d’un paradigme à l’autre

Publié le 24 Sep 2022
prison

Si l’idée d’enfermer les délinquants et criminels est ancienne, la visée de l’emprisonnement a considérablement évolué depuis le Moyen Âge, en particulier avec deux tournants récents, la réforme Amor de 1945 et la loi Taubira de 2014, dans la continuité d’une conception moderne du criminel et de la société. Tenter une approche historique honnête de notre système pénitentiaire exige de préciser d’abord qu’il est l’instrument d’exécution des décisions de justice rendues aux époques concernées. C’est à la lumière de cette considération seulement qu’il est possible de comprendre les évolutions chronologiques de l’univers carcéral. Dès le Moyen Âge, le Roi rend la justice, soit personnellement, soit en s’appuyant sur des magistrats professionnels (lieutenants de police, prévôts, baillis, sénéchaux). L’enfermement n’est alors pas encore une peine mais une étape précédant le jugement ou la sentence prononcée, généralement corporelle (exécution, flagellation, galères puis bagne) ou seulement infamante (carcan, exposition publique, exil). L’enfermement institutionnel débute en France au XVIe siècle, lorsque François Ier décide de regrouper en divers lieux les pauvres et vagabonds, fauteurs de troubles à l’ordre public. Le cardinal de Richelieu, dans une note de 1625 intitulée Pauvres renfermés, requiert l’ouverture d’établissements où pourront travailler et être nourries ces populations, ce que l’édit de 1656 réalisera en créant l’Hôpital général à Paris pour enfermer mendiants et vagabonds, mais aussi aliénés, filles dépravées, enfants fugueurs. De 1657 à 1680, une trentaine d’établissements similaires apparaissent en France. À côté de ces derniers où l’enfermement combine protection de l’ordre public et dimension spirituelle de prévention du vice, sont créées des « prisons ordinaires », ancêtres des « maisons d’arrêt » et des « prisons d’État », telles la Bastille, Vincennes, le château d’If. Tous ces établissements accueillent des condamnés par jugements ou par lettres de cachet. À la veille de la Révolution, on dénombre environ 30 000 sujets enfermés (pour 26 millions d’habitants) et plus de 10 000 lieux d’incarcération dans le royaume (parfois une simple cellule dans la porte d’une ville, dans quelque château voire auberge). Conscient des insuffisances de ce système, Louis XVI entreprend de le réformer, s’appuyant notamment sur Necker pour la création en 1785 d’un corps d’inspection des hôpitaux et prisons et sur Malesherbes pour améliorer notablement les conditions de détention. C’est à ce dernier que l’on doit la généralisation du « pain du Roi » pour assurer une nourriture correcte à chacun et la diffusion du courant hygiéniste à travers…

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Bastien Cathelineau

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