Quand la jeunesse défile

Publié le 18 Oct 2010
Au quotidien n° 247 : état de droit et refondation politique L'Homme Nouveau

 « C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à la bonne température. Quand la jeunesse se refroidit, le monde claque des dents. » Les prévisions météo de Georges Bernanos sont d’une actualité brûlante mais la France grelotte. Notre jeunesse est aujourd’hui victime d’une sérieuse hypothermie, et je vous prie de croire que ce n’est pas à cause de l’hiver qui arrive pas à pas.

D’aucuns se réjouissent de ce que, militante et hurlante, scandant des slogans qu’elle ne comprend pas vraiment, la jeunesse s’intéresse à la chose publique en prenant part aux diverses manifestations qui animent le pays depuis quelques jours. Pourtant, ces jeunes ne sont moins politisés que médiatisés, toute la nuance est là. Soyons honnêtes ! Combien de ces ados saisissent véritablement l’enjeu de la réforme des retraites ? Combien de ces ados se sentent véritablement concernés par la chose publique, ont une vague idée de ce qu’impliquent les notions d’Etat et de société ? En revanche, la plupart, pour ne pas dire tous, dans un dernier sursaut d’optimisme,  sont gavés de télévision. Ils ont bien compris que l’attraction du moment consistait à ne pas aller en cours alors ils descendent dans la rue et vont revendiquer, avec à peu près autant de sérieux que s’ils allaient à la fête foraine. Pensez-vous ! Lorsqu’ils entendent sur les ondes les journalistes se féliciter de ce que toutes les classes soient vides et que les élèves défilent derrière les profs, il y a de quoi se réjouir quand on a 17 ans, que l’on a de l’énergie à revendre et besoin de se sentir exister. Pour la première fois, les adultes encouragent les jeunes à faire l’école buissonnière. Il serait fou, l’ado qui n’en profiterait pas.

Il n’y a pas si longtemps, la jeunesse était déjà dans la rue. Non, je ne parle pas de cette époque ou elle voulait faire l’amour et pas la guerre, je pense à ce qui se passait de l’autre côté du Rhin, quelques années plus tôt. Ceux-là ne jetaient pas des pavés, ils tendaient le bras. Il y en avait un qui avait bien compris qu’il fallait toujours avoir la jeunesse de son côté pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui, ce n’est pas tant une dictature de l’Etat qu’une dictature de l’opinion publique, créature étrange dont a accouché la démocratie moderne. Et l’opinion publique aussi sait faire de la propagande. L’opinion publique aussi sait faire défiler la jeunesse. Oh, ils ne marchent peut-être plus au pas, c’est encore trop connoté, mais même en troupeau informe, canettes et pétards dans la main, les jeunes sont manipulés.

L’actuelle constitution ne favorise pas franchement le travail à long terme et la stabilité politique, le peuple français change de gouvernement comme de chemise, quelle illusion donc de penser que les lycéens d’aujourd’hui connaitront l’actuel système des retraites. Ils ont encore au moins quarante ans à tirer, si ce n’est cinquante, ce qui représente un certain nombre de mandats présidentiels et autant de réformes diverses et  variées sur le sujet.

L’adolescent moyen qui croit servir ses propres intérêts en défilant aujourd’hui ne fait  qu’ajouter de l’eau au moulin de quadragénaires paresseux. Il ferait mieux de retourner en classe et de demander à ses grévistes de profs de bien vouloir faire leur métier.  C’est ça, aujourd’hui, la véritable manière de faire un pied de nez aux adultes et de contester l’autorité.

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