Quand l’Inde était chrétienne…

Publié le 23 Fév 2018
Quand l'Inde était chrétienne... L'Homme Nouveau

Alors que l’on parle beaucoup en ce moment des rapports entre la Chine et l’Église, c’est vers un autre pays asiatique que l’Histoire et l’édition nous ramènent. La Tradition établit que cette région du monde fut confiée à l’apôtre Thomas, le même qui dut mettre ses doigts dans les plaies du Christ et qui nous valut d’être qualifiés de plus heureux que lui dans la mesure où nous croyons sans avoir vu. 

En fait, la question de l’évangélisation de l’Inde aux premiers temps de l’ère chrétienne a beaucoup agité la communauté scientifique, donnant lieu parfois à des polémiques qui éloignaient de l’intérêt du sujet. On s’était notamment demandé si les traditions de l’Inde n’avaient pas transmis certains de ses éléments au christianisme ou si, au contraire, ce n’était pas à celui-ci qu’elles étaient redevables. 

Ilaria Ramelli et Cristiano Dognini, deux universitaires italiens, dont le livre est aujourd’hui traduit en français, ont repris la question dans sa globalité. Il faut tout d’abord saluer le travail effectué, beau modèle de démarche historique, recoupant les textes et les faits, justifiant ce qui peut l’être, discernant le probable du certain, et n’avançant des conclusions qu’avec prudence. 

Ils ont tenu à replacer la question centrale de leur étude dans le cadre plus général des échanges commerciaux et culturels que l’Europe gréco-latine eut avec l’Inde antique. C’est dans le cadre de cette première route de l’Inde que les évangélisateurs ont pu se joindre à des marchands et pérégriner jusque dans ces parties de l’Asie. Nos deux universitaires s’intéressent particulièrement à la mission conduite par Pantène, un savant chrétien, maître de Clément d’Alexandrie, et qui effectua, au IIe siècle, un séjour en Inde. Là, il aurait découvert un exemplaire de l’Évangile hébraïque, preuve d’une présence chrétienne antérieure à la sienne. Les deux auteurs montrent que cette découverte est aussi bien attestée par Eusèbe de Césarée que par saint Jérôme, l’un et l’autre ne présentant pas les faits dans les mêmes termes, ce qui impliquerait des sources distinctes. 

La diffusion de l’Évangile hébraïque (ou aux Hébreux ou encore en hébreu), attribué à Matthieu, est généralement reliée par la patristique à saint Barthélémy. Et c’est donc l’action missionnaire en Inde de ce dernier que ce livre explore avant de s’intéresser également à celle de saint Thomas. Ils s’intéressent enfin aux influences mutuelles entre christianismes et traditions orientales présentes en Inde. 

En conclusion, les auteurs estiment que :« en remontant dans le temps, nous pouvons affirmer que les présences chrétiennes en Inde sont certaines pour les IIIe-IVe siècle, qu’une mission alexandrine comme celle de Pantène à la fin du IIe siècle est probable. En ce qui concerne les périodes antérieures, la série des données et d’indices en notre possession ne permet pas d’affirmer avec certitude, mais ne permet pas non plus d’exclure l’historicité d’une première prédication chrétienne en Inde. » 

Mené rigoureusement et de manière scientifique, ce travail conforte finalement les apports de la grande tradition patristique. Passionnant !

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Les Apôtres en Inde, Ilaria Ramelli et Cristiano Dognini.

Éditions Certamen, 172 pages, 21 €.

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