> Carte blanche de Judith Cabaud
On sait que l’évangélisation commence à la fin de l’Évangile de saint Matthieu. Jésus ressuscité envoie ses apôtres en mission : « De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. » Si le message est clair, la réalisation s’est brouillée au cours de l’histoire. Il s’agit d’enseigner la vie, la doctrine et la morale de Celui qui se présente comme Fils de Dieu. Dès l’origine, deux courants s’opposent comme dans les paraboles, les faits apparents et le sens mystique. Les miracles du Christ montrent de visu la guérison de toutes les misères de l’humanité, en même temps que le pardon des péchés, donc la transformation du mal en bien. L’Évangile est donc la solution à tous nos problèmes. Cependant, on avait oublié la pédagogie divine inhérente à la méthode de Jésus. Dans l’Église, certains ont voulu se mettre à la barre du navire et forcer la dose : par les armes, la contrainte ou les menaces. On a construit des systèmes philosophiques et théologiques par lesquels on pensait contrôler la volonté des fidèles, comme on dirige les voiles d’un bateau contre le vent. Ceci eut pour effet en partie de révolter des âmes. La longue période contemporaine du XXe siècle reprit l’évangélisation à son compte. Le relativisme fit son entrée par le modernisme pour atténuer les exigences de la vie chrétienne, avec un désir inavoué de supprimer « par charité » toutes les difficultés, en particulier morales, présentes dans la doctrine catholique.
Reprendre la mission
Alors, la question se pose à nouveau : comment reprendre la mission des origines et évangéliser le monde ? Certes, un dépouillement matériel nous aiderait à cerner les vrais besoins spirituels des hommes et nous laisserait libres d’emprunter le chemin vers Dieu. Un rejet du conformisme séculier et idéologique serait néanmoins indispensable. Comment tendre vers l’Évangile du Christ autrement ? La seule réponse au problème qui me vient à l’esprit est de continuer ce que Jésus nous laisse entrevoir : une amplification de l’éducation chrétienne de la raison pour discerner le Bien du Mal. Les deux aspects qui s’imposent pour développer la raison sont la science, qui nous décrit l’ordre du monde, et l’art, par sa beauté, tels des paraboles modernes – la belle musique, la peinture et la littérature, la poésie et le théâtre – qui purifient nos âmes devant la…