La justice refuse la réhabilitation de Jacques Fesch 

Publié le 28 Oct 2024
Jacques fesch
Ce qui est probablement le dernier épisode d’une tragédie des années cinquante vient de remettre les projecteurs médiatiques sur la fin édifiante d’un voyou repenti mort sur l’échafaud. Mais pas assez repenti pour la justice française…

  Le 6 juin 2024, la Cour de cassation s’est penchée sur une demande inédite : celle du rétablissement de l’honneur de Jacques Fesch, condamné à mort et guillotiné le 1er octobre 1957 pour le meurtre d’un policier. Cette demande, formulée par son fils Gérard, s’appuyait sur une loi de 2020 qui permet désormais aux ayants droit d’un condamné à mort exécuté de solliciter ce rétablissement, si des preuves d’amendement sont apportées. La décision finale, rendue le 15 octobre 2024, a rejeté cette requête, soulignant « l’insuffisance des gages d’amendement avant l’exécution ».

Meurtrier par panique

Jacques Fesch, né en 1930 dans une famille aisée, fils d’un directeur de banque belge, a vu sa vie basculer à 23 ans. En février 1954, pour financer son rêve d’achat d’un voilier et fuir une existence sans but, il braque un bureau de change à Paris. Pris de panique lors de sa fuite, il tue le gardien de la paix Jean-Baptiste Vergne, veuf et père d’une petite fille de 4 ans. Arrêté peu après, Fesch reconnaît les faits et est jugé en avril 1957. Le 6 avril, jour de ses 27 ans, il est condamné à la peine de mort. L’affaire Fesch s’est rapidement distinguée par la personnalité de l’accusé et l’ampleur de l’émotion médiatique qu’elle a suscitée. Issu d’un milieu bourgeois, Jacques Fesch représentait pour beaucoup le stéréotype du « blouson doré », cette jeunesse désœuvrée et aisée des années 50. En prison, Jacques Fesch connut une profonde conversion religieuse. Initialement athée et méprisant envers toute autorité spirituelle, il fut progressivement marqué par les lectures que lui apportaient son avocat Paul Baudet et l’aumônier de la prison, le père Jean Devoyod. Cette conversion atteignit son apogée dans la nuit du 28 février 1955, dans un moment de grâce intérieure. Il entretint alors une correspondance intense avec des religieux, notamment un moine, le frère Thomas, et rédigea un journal destiné à sa fille Véronique, âgée de 6 ans. Ce journal, publié après sa mort sous le titre Dans cinq heures, je verrai Jésus, témoigne de son profond repentir et de sa foi naissante.

Des éléments insuffisants pour la justice

Malgré ce cheminement spirituel, la justice n’a pas été convaincue. Le 15…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Marie Etcheverry

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Islam-République, le problème de la praxis

Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.

+

islam démocratie musulmans
À la uneSociétéPhilosophie

La guerre des sexes : un sophisme moderne

C’est logique ! de François-Marie Portes | Dans leur lutte contre ce qu'elles appellent l'inégalité, les féministes, qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée des droits des femmes, rabaissent la relation hommes-femmes en l'identifiant nécessairement à une domination. Un slogan réducteur et un raisonnement sous-jacent faussement logique qui enveniment les relations entre les sexes.

+

sophisme femme sexe féminisme
Société

La prison entre exigence et humanité

Entretien | Première femme à diriger le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, depuis avril 2023, Valérie Mousseeff témoigne dans La prison comme horizon de la réalité carcérale et de l’engagement du personnel pénitentiaire. C’est à ce titre qu’elle a répondu à nos questions.

+

Prison
Société

Vous avez dit fatigue démocratique ?

Sans surprise, les élections municipales ont donné lieu aux habituels commentaires et analyses. Malgré une certaine mobilisation lors du deuxième « round », force est de constater que l’abstention est restée globalement stable, atteignant ainsi des chiffres historiques. S’agit-il d’une crise passagère, d’une fatigue démocratique ou sommes-nous en post-démocratie ?

+

élection fatigue démocratique