Dans L’homme pressé, Rémi Brague mène son lecteur dans une réflexion philosophique sur le temps qui passe et notre rapport à lui sous différents angles : cosmologique, chronologique, physique.
Course effrénée pour attraper un métro, notifications qui pleuvent sur un téléphone greffé à la main, réunions hebdomadaires pour mesurer l’efficacité et le rendement des collaborateurs ; l’homme contemporain vit dans l’urgence quotidienne. Si on couple tous ces aspects avec l’angoisse dans laquelle le climat et l’instabilité politique et sociétale plongent chaque être humain, il n’est pas anodin de noter que l’homme moderne se sent bel et bien oppressé de toute part. Cependant, il ne faudrait pas faire un raccourci trop rapide et juger qu’en conséquence, cet état de tension est le trait propre à l’homme contemporain et à la société dans laquelle il évolue. Les générations précédentes ont connu leur lot de contraintes avec des conséquences qui n’étaient pas les mêmes. Il est vrai que les tribulations de la vie quotidienne, les maladies, le rythme de vie lié aux saisons et à ses aléas sont la preuve qu’il n’a jamais connu le repos mental, physique voire économique qu’on pourrait lui souhaiter.
Une réflexion philosophique sur le temps
Se fondant sur l’homme contemporain qui lui est familier, Rémi Brague mène son lecteur dans une réflexion philosophique sur le temps qui passe et notre rapport à lui sous différents angles : cosmologique, chronologique, physique. Ainsi le philosophe se lance dans l’analyse de cet état de tension, de « presse » comme il le nomme dans l’ouvrage, d’où son titre évocateur : L’homme pressé. Il appuie notamment sur le fait que cet état, qu’il définie comme l’expérience d’une situation sans site et d’une temporalité sans temps, est propre à l’homme puisqu’il est le seul du règne animal à avoir conscience de le vivre. Ainsi « la presse » est une partie essentielle et non accidentelle de la condition humaine. Dans un second temps, Rémi Brague place le sujet de « presse » à un niveau plus eschatologique, notamment en empruntant le mot thlipsis (terme grec, θλίψις, qui exprime chez saint Paul une pression externe ou une opposition extérieure) à l’apôtre des Gentils et en détaillant comment cette « presse » agit dans la vie quotidienne du chrétien. Parfaitement résumé dans cette phrase du Christ « vous êtes dans le monde mais non de ce monde », le chrétien vit avec cette nécessité de « presse ». Ce n’est pas tant que l’homme soit pressé mais…







