Résurrection de Lazare : étancher notre soif intérieure avec Marthe

Publié le 01 Avr 2026
lazare

À l’arrivée de Jésus, la plainte de Marthe se transforme en prière et acte de foi.

Pour l’Angélus du 5 dimanche de carême, le pape Léon XIV a commenté l’évangile du jour, celui de la résurrection de Lazare, somment des signes de Jésus, préfiguration de la Passion et invitation à se ressourcer en Jésus, chemin, vérité et vie.

 

Pour le 5 dimanche de carême, l’évangile proposé était celui de la résurrection de Lazare, dans lequel certains Pères de l’Église ont vu une préfiguration de l’onction des malades. Cette résurrection est le sommet des signes de Jésus, le plus grand des miracles décrits dans le 4 Évangile. Il prélude directement au miracle de la Résurrection du Christ. Comme toujours chez saint Jean, à côté du récit historique véridique, le récit symbolise les ombres que nous portons en nous. Aussi, à travers ce récit, nous sommes tous invités à sortir de notre sépulcre pour nous ouvrir à Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.

Le récit nous apparaît extraordinairement vivant. Tous les détails sont précieux et ils s’enchaînent dans une parfaite harmonie. L’ami intime de Jésus, Lazare, est malade, mais Jésus voit dans cette maladie une occasion providentielle pour glorifier Dieu son Père. C’est pourquoi, il ne se rend pas tout de suite auprès de son ami ; il attend, pour passer aux actes, non seulement qu’il soit mort, mais qu’il soit enterré.

Ensuite seulement, Jésus se met en route, mais ses disciples veulent alors l’en empêcher, craignant sa lapidation, car ils savent ce que signifierait pour lui une descente à Jérusalem. Jésus, par une nouvelle évocation allégorique et symbolique, leur rappelle qu’il est la lumière et qu’ils n’ont pas de crainte à avoir, si la lumière guide leurs pas. Dans ce cas, ils ne tomberont pas dans les ténèbres. La nuit véritable viendra lorsqu’il leur sera enlevé. Alors, il ne leur sera plus possible de marcher, car ils auront perdu la lumière.

Peu à peu, Jésus révèle son dessein. Il commence par dire que Lazare dort et qu’il faut aller le réveiller, puis il annonce clairement qu’il s’agit du sommeil de la mort. Après l’accord des Apôtres et, en particulier, une déclaration péremptoire et présomptueuse de fidélité de Thomas, tout est en place pour que s’accomplisse le miracle et Jésus part alors pour Béthanie.

Il rencontre sur le chemin d’arrivée Marthe qui, dans sa douleur, lui reproche de ne pas avoir été là. Mais sa plainte se transforme en prière. Jésus comprend le désir et le souhait profond de Marthe, mais n’acquiesce pas tout de suite, afin de la faire grandir dans la foi, car c’est bien lui, Jésus, qui est la Résurrection et la vie. Quiconque vit en lui ne mourra pas.

Le mystère de vie

Mais paradoxe et symbolisme se cachent encore ici derrière la lettre. Jésus ne parle pas tant de la mort physique. Il envisage surtout ici la mort éternelle. Jésus donne à ceux qui croient en lui la vie éternelle et impérissable que Marthe attendait pour la résurrection des morts et le jugement dernier. Jésus entraîne Marthe, par la foi, au cœur même du mystère de Dieu, qui est un mystère de vie. Marthe pose alors un acte de foi remarquable dans la messianité et la divinité du Christ, comme l’avait fait Pierre sur le chemin de Césarée de Philippe. Marthe, comme la Samaritaine, se fait alors témoin, en des termes très délicats : le Maître est là qui t’appelle.

Puis, Jésus va accomplir le miracle. Il se fait conduire au lieu de la sépulture de Lazare. Marthe, malgré la foi qu’elle venait de professer, semble reculer soudain. Jésus est ému jusqu’aux larmes. Pourquoi Jésus a-t-il pleuré ? Saint Augustin nous dit que le Christ a pleuré pour apprendre à l’homme à pleurer. Ne faisons donc pas fi des larmes du Seigneur. 

Dans le cheminement du carême, ce miracle évoque la victoire du Christ sur la mort et le don de la vie éternelle, que nous recevons par le baptême. Jésus nous dit aujourd’hui également, comme à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » La liturgie nous invite à revivre, dans cette lumière, les événements de la Passion du Seigneur. Dans le Christ ressuscité, vainqueur de la mort et vivant en nous par la grâce du baptême, ces événements trouvent leur accomplissement.

Notre soif intérieure

Sa grâce illumine ce monde en quête de nouveauté, comme si les biens matériels et éphémères pouvaient combler notre cœur ou nous rendre immortels. Nous éprouvons tous un besoin d’infini. Rien de fini ne peut étancher notre soif intérieure, car nous sommes faits pour Dieu, et nous ne trouvons pas la paix tant que nous ne nous reposons pas en Lui. Saint Augustin et après lui saint Charles de Foucauld l’ont fort bien compris.

Le récit de la résurrection de Lazare nous invite donc à prêter l’oreille à ce besoin profond de vie intérieure attirée par la beauté de Dieu et non par la vanité des choses ou la fascination des bagatelles. Avec la force de l’Esprit Saint, libérons nos cœurs des habitudes qui nous enferment dans le tombeau de l’égoïsme et de la superficialité. À nous aussi, Jésus crie : Viens dehors !

Que la Vierge Marie nous aide à vivre avec sa fidélité, afin que se renouvelle pour nous l’expérience lumineuse de la rencontre avec son Fils ressuscité.

 

>> à lire également : Proposition de dom Kemlin pour la liturgie : réponse du président de Notre-Dame de Chrétienté

 

Un moine de Triors

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