Fermeture de la Trappe : Que reste-t-il de la vie religieuse en France ?

Publié le 01 Avr 2026
vie religieuse abbaye de la Trappe

Portail d’entrée de la Trappe. (Giogo, CC BY-SA 4.0)

L’abbaye de la Trappe, monastère cistercien historique de l’Orne depuis 1147, qui fut à l’origine de la réforme de la Stricte Observance, cessera son activité religieuse en 2028, faute de moyens suffisants pour conserver les lieux.

  Après près de neuf siècles de présence, les moines de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe de Soligny ont annoncé le 5 mars dernier leur départ en 2028. Il s’agit de la quatrième abbaye cistercienne à disparaître en deux ans, après Notre-Dame d’Oelenberg (Alsace), Notre-Dame de Port du Salut (Mayenne) et Notre-Dame de Bellefontaine (Maine-et-Loire). Mais ce phénomène est loin de se limiter aux trappistes. Ainsi, les clarisses ont fermé dix de leurs couvents en une douzaine d’années, les carmélites plus de six – et encore ne s’agit-il là que de données incomplètes. D’après les chiffres officiels de la CEF, les effectifs religieux ont été divisés par deux entre 2000 et 2015, tandis que l’Observatoire du Patrimoine religieux (OPR) ne dénombrait plus, en 2023, que 320 monastères actifs en France. Les raisons invoquées sont toujours les mêmes : crise des vocations et charges d’entretien des bâtiments qui empêchent les communautés d’assurer la vie régulière, et les contraignent à se retirer de lieux pourtant marqués par des siècles de présence. Au milieu de ce marasme, les communautés traditionnelles font figure d’exception puisque, loin de manquer de vocations, elles se trouvent au contraire à l’étroit et peinent même à trouver des lieux où établir de nouvelles fondations, à l’image du Barroux qui, après avoir essuyé des dizaines de refus de la part de nombreux diocèses français, a enfin obtenu la possibilité de prendre la succession des cisterciens de Bellefontaine.

Refus de communautés traditionnelles

Néanmoins, on ne peut que constater l’enfermement idéologique de la plupart des responsables ecclésiaux qui refusent obstinément l’installation de communautés de rite tridentin, préférant encore vendre des monastères pluriséculaires à des groupes hôteliers. À ce titre, l’exemple de l’abbaye de Pontigny (Yonne), plus grande abbaye cistercienne du monde encore conservée dans son état d’origine, est particulièrement frappant. En 2020, les bâtiments conventuels étaient vendus à une fondation privée, dans le cadre d’un projet d’hôtel de luxe, en dépit de l’offre financière plus élevée de la Fraternité Saint-Pierre pour en faire son séminaire. L’hostilité de Mgr Giraud, alors archevêque des lieux, avait été décisive dans ce choix. Tout récemment encore, les religieuses de Chantelle (Allier), très vieillissantes et réduites au nombre de six,…

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Pierre-Yves Gévresin

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