La Pause liturgique : Sanctus 4, Cunctipotens genitor Deus (Fêtes des Apôtres)

Publié le 24 Fév 2024
sanctus grégorien agnus gloria introït relique

Commentaire musical

Sanctus 4 Partition sanctus

 

Voilà un beau Sanctus du 8ème mode, daté du XIème siècle et représenté par une foule impressionnante de manuscrits qui témoignent de sa popularité à travers l’Europe. Sa mélodie est alerte, enthousiaste, mais aussi très affirmée et solidement ancrée sur la corde Sol qui joue à plein son rôle de tonique. Pratiquement toutes les cadences, à l’exception d’une seule, sur la finale de glória tua qui s’appuie sur le Ré, s’achèvent sur le Sol. Le Do, dominante du 8ème mode, joue également un rôle important, et le mode est bien campé dès l’intonation qui unit par un premier intervalle de quarte les deux cordes Sol et Do.

Le premier Sanctus jaillit donc à partir du Sol, et l’intonation est à la fois bien appuyée et en plein élan. Elle réalise une très belle courbe, puisqu’après le Do, elle redescend vers le La d’abord, puis vers le Sol, et enfin jusqu’au Mi, avant de remonter se fixer sur le Sol, en étant passée par le Fa. Toutes les cordes ont donc été entendues à l’exception du Si. Un élan et une détente, le tout dans un bon tempo qui n’omet pas toutefois d’arrondir les deux pointes mélodiques, la première à l’aigu sur le Do et la seconde au grave sur le Mi. Ce bel équilibre donne d’emblée beaucoup de majesté à ce Sanctus.

Le second Sanctus est encore plus élancé : il part du Sol, lui aussi, passe par le Si cette fois, touche le Do, mais monte jusqu’au Ré. L’arsis est donc plus prononcée ici que celle du départ. Ce second Sanctus redescend de façon très belle par degrés conjoints, du Do au Sol, en faisant entendre le Si. La descente est régulière et ample.

Quant au troisième Sanctus, il reproduit à l’identique la mélodie du premier.

Les mots suivants, Dóminus Deus, sont traités de manière syllabique et en descente, une descente qu’il ne faut pas précipiter, au contraire : le fait de prendre le temps de goûter ces deux mots pris au grave, donne de l’ampleur et de la solennité à ce petit passage, après l’élan des trois Sanctus. La cadence de Sabaoth est simple : elle s’enroule autour du Sol et s’y fixe pour achever cette première phrase.

C’est également par un passage syllabique que commence la phrase suivante. Mais à l’inverse du précédent, celui-ci monte en plein élan vers le Ré de cæli et celui de terra, de façon très expressive, en reprenant au début les cordes du second Sanctus : Sol, Si, Do, Ré. Par contre, la mélodie s’incurve rapidement sur les mots glória tua, pour aller chercher l’unique cadence en Ré de cette pièce. Ce passage neumatique est donc plus large, en détente après l’élan qui a soulevé le mouvement syllabique précédent.

Vient ensuite le premier hosánna, sobre, qui reprend exactement la mélodie de Sabaoth dans la première phrase. Puis, in excélsis répète une nouvelle fois le second Sanctus, et même une partie des premier et troisième pour la formule finale : Sol-Mi-Fa-Sol-Sol.

La quatrième phrase rassemble des formules mélodiques déjà entendues : Benedíctus qui venit in nómine reprend pleni sunt cæli et terra glória tua, et Dómini s’achève comme hosánna et Sábaoth.

Le dernier hosanna, quant à lui, reprend en son début la mélodie de Dóminus Deus Sábaoth, avec toujours cette petite ritournelle qu’on entend donc à quatre reprises tout au long de la pièce ; puis la mélodie de in excélsis s’identifie à sa jumelle un peu plus haut, sauf que la finale commence par reprendre le motif Sol-Mi-Fa-Mi-Ré lui aussi entendu plusieurs fois tout au long de la pièce (en tout cinq fois sur les mots Dóminus Deus, glória tua, in nómine Dómini, hosánna, excélsis) avant de remonter in extremis pour s’achever sur une formule à l’aigu La-Sol-La-Si-La-Sol.

Ce Sanctus utilise donc plusieurs formules mélodiques répétées en cours de pièce, mais là encore de façon discrète et sur un nombre de syllabes inégal, ce qui fait qu’on s’en rend à peine compte à l’audition. Le mouvement d’ensemble est allègre ; il alterne avec bonheur les passages neumatiques et syllabiques, ce qui lui donne beaucoup de vie. Il parcourt tout l’ambitus du mode de Sol, aussi bien dans sa quinte supérieure que dans sa quarte inférieure. Cette mélodie fut autrefois populaire si l’on en juge par la quantité des sources manuscrites.

 

Pour écouter :

 

Retrouvez la messe Cunctipotens genitor Deus (Fêtes des Apôtres) :  

 

>> à lire également : Sainte Jeanne d’Arc : un message de liberté pour notre époque

Un moine de Triors

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (4/4) | Lorsque l’Église enseigne : le magistère conciliaire

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | Tout au long de son histoire, l’Église a enseigné avec autorité par le biais des conciles œcuméniques. Ceux-ci définissent la doctrine, organisent la vie ecclésiale et orientent la mission pastorale. Leur rôle reste central pour comprendre la structure du magistère et les enjeux de son exercice aujourd’hui.

+

concile nicée
À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (3/4) | Les grandes assemblées de l’Église au service de la vérité

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | À travers les siècles, l’Église s’est réunie pour proclamer solennellement les vérités révélées, condamner les hérésies et préserver l’unité du dépôt de la foi. Ces assemblées œcuméniques ont guidé le peuple chrétien dans les tempêtes de l’histoire. Elles manifestent la fidélité de l’Épouse du Christ à sa mission doctrinale, malgré les tensions et les défis de chaque époque.

+

2560px Council of Constantinople 381 stavropoleos church sanctus
ÉgliseChrétiens dans le monde

Léon XIV : rester fidèles à la vérité dans la charité malgré la persécution

Commentaire du Pape | Lors de la récitation de l’angélus du 17 août dernier, le Pape a prononcé des paroles très fortes, parce que très évangéliques. Partant des lectures dominicales concernant les exigences imposées par la suite du Christ signe de contradiction narrées au chapitre 12e de saint Luc et la vie apostolique selon le message de charité de Jésus, au chapitre 4e des Actes, le Pape parle du problème crucial de la persécution qui se retrouve à travers toutes les générations des deux millénaires du christianisme.

+

pape Léon XIV jubilé politique unité
À la uneÉgliseChrétiens dans le monde

« Œuvre d’Orient » : soutenir les chrétiens sur leur terre

Initiatives chrétiennes | À la tête de l’« Œuvre d’Orient » à partir de septembre, Mgr de Woillemont cumulera aussi la charge de vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France. Une double mission au service des communautés chrétiennes, de Beyrouth à Marseille. Entretien avec Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’« Œuvre d’Orient ».

+

œuvre d’orient chrétien 
ÉgliseMagistère

Les conciles (2/4) | Histoire du premier concile de Nicée

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | Nicée, dont nous fêtons les 1700 ans cette année, est le premier des vingt et un conciles œcuméniques qu’a connus l’Église. Convoqué par l’empereur Constantin en 325, il est à l’origine d’un Credo qui est resté, jusqu’à aujourd’hui, la norme de la foi catholique.

+

concile de nicée