L’éveil vocationnel dans les familles : les foyers chrétiens peuvent-ils résoudre la crise des vocations sacerdotales ?

Publié le 02 Juin 2023
vocation

 

Ingrid d’Ussel, mariée et mère de 6 enfants, appelle dans son livre à prendre conscience de la nécessité pour les familles de s’engager pleinement contre cette crise des vocations qui touche l’Église. Les chiffres sur le nombre de prêtres sont criants, et elle cite, dès la première page de son livre, le père Humbrecht : « Il y a en France environ 25 000 prêtres, un chiffre notoirement insuffisant. Dans 10 ans, il en restera 5 000 en activité. S’il y avait, pour remplacer les générations 20 000 [prêtres] en formation, cela n’irait pas si mal. Il y en a 800. » 

Face à cette crise des vocations, l’aveuglement tout comme l’inaction sont deux torts dommageables : il faut réagir, car il est urgemment nécessaire de préparer l’avenir de la communauté chrétienne et celui des futurs prêtres. Ingrid d’Ussel s’interroge avant tout sur le rôle des familles, et donc celui des parents, dans les vocations futures, et sur les moyens concrets à mettre en place dans ces familles pour permettre l’éclosion de telles vocations. Elle invite les parents, premiers éducateurs de l’enfant, à prendre un vrai rôle dans ce combat pour les vocations, sans s’en décharger sur les paroisses ou le scoutisme.  

Selon elle en effet, les foyers chrétiens sont appelés à être réellement un terreau fertile pour les petites « graines de vocations ». Karol et Emilia Wojtyla, dont le procès en béatification a été ouvert en 2020, ont ainsi formé l’un de ce foyer chrétien qui fut, comme le dira plus tard le pape Jean-Paul II, un « séminaire domestique », c’est à dire, selon l’étymologie latine, une pépinière pour les vocations. Ingrid d’Ussel reprend ici l’idée développée par le père dominicain Thierry-Dominique Humbrecht dans son livre Avenir des vocations, selon laquelle la crise des vocations n’en est pas une en réalité, puisque Dieu continue d’appeler largement les ouvriers à sa moisson, mais que cette crise est plutôt une crise de la foi et de l’engagement. Les familles chrétiennes se doivent donc de rendre les enfants capables de s’engager, dans une société qui rend volontiers une telle notion désuète voire absurde. Il ne s’agit donc pas seulement d’inculquer à ses enfants la foi, mais aussi de la faire vivre au quotidien dans la famille, de transmettre également une culture chrétienne, des habitudes, la pratique des petites vertus du foyer, une accoutumance avec la prière… 

L’auteur propose pour cela plusieurs moyens concrets, fondés sur son expérience et sur les témoignages de plusieurs prêtres. Elle leur a demandé à chacun ce qui avait favorisé ou au contraire freiné l’éclosion de leur vocation. Il en résulte une série de conseils et de mesures à mettre en place dans les familles. 

Il s’agit d’abord de faire connaître à ses enfants que Dieu justifie à lui seul tous sacrifice pour lui, et faire grandir en eux le désir du salut des âmes, première mission des prêtres. Pour leur permettre de comprendre comment le prêtre est l’intermédiaire nécessaire entre Dieu et les hommes, chargé de leur montrer le Ciel comme disait le curé d’Ars, il faut leur faire côtoyer des prêtres, des abbayes, et constater directement leur rayonnement.  

Elle préconise également de faire connaître aux enfants les vies des saints prêtres qui peuvent être des modèles (par des histoires du soir, bandes dessinées, CD écoutés dans la voiture…), et les invoquer en famille lors de la prière du soir. Le livre pose aussi l’importance d’avoir une dévotion toute particulière envers la Vierge Marie : solenniser les fêtes mariales, raconter les apparitions de Marie aux enfants ou encore prier régulièrement le chapelet.  

Ensuite, l’auteur aborde la nécessité de favoriser le développement chez ses enfants d’une vraie vie intérieure. Elle est en effet la condition pour prier, pour se construire en tant que personne, et donc pour être en mesure de s’engager selon une vraie liberté. Cela est d’autant plus important que la société contemporaine est par essence un frein à la vie intérieure. Elle exprime pour cela la nécessité de la prière en famille, en un lieu dédié de la maison. Elle souligne aussi le besoin d’une éducation au beau, tout particulièrement dans le domaine de la liturgie, car elle porte à la méditation. De là vient pour elle l’importance de bien choisir sa paroisse afin qu’elle ne soit pas, par une liturgie manquant de sacralité, un frein au développement de la vie intérieure de l’enfant, tout particulièrement en ce qui concerne la réception des sacrements de la vie chrétienne, dont l’eucharistie. De plus, le livre cite à de nombreuses reprises l’ouvrage du cardinal Sarah, La force du silence, pour exprimer à quel point se couper des bruits du monde est important pour favoriser le recueillement.   

 

Enfin, elle aborde longuement la question de l’éducation à la chasteté, qui peut se vivre dans tous les états de vie. Il est nécessaire d’enseigner le sens véritable de cette chasteté chrétienne et de la faire grandir chez l’enfant et chez l’adolescent, en promouvant un rapport sain à son corps, aux autres, et à la sexualité. Cela rejoint le point précédent au sujet de l’éducation au beau. De plus, elle pose l’idée que cette éducation est primordiale pour lutter contre la crise des vocations, bien plus que la prétendue solution qu’est l’abandon du célibat des prêtres. 

 

Enfin le livre aborde la question de l’accompagnement des vocations dans les familles, c’est à dire : comment réagir face à un enfant ou un adolescent qui se sent appelé à être prêtre ? Comment réagir à une vocation et la soutenir pleinement en tant que famille ? D’abord, il convient de donner à ses enfants la vraie liberté intérieure pour les rendre capables de discerner, capables de franchir le pas, de s’engager, aussi difficile que ce soit dans le monde moderne. Ensuite, l’auteur préconise, pourquoi pas, de rétablir dans les diocèses, sous des formes nouvelles, les petits séminaires. Les petits séminaires étaient des établissements d’enseignement secondaire destinés à favoriser l’éclosion des vocations, et à former des jeunes garçons, futurs prêtres ou non, sur le plan spirituel comme intellectuel. Enfin, le livre met en garde contre les divers écueils à éviter, à savoir pour les parents une insistance pesante, ou l’idée liberticide de cléricaliser un enfant, ou bien refuser que son fils entre dans telle ou telle communauté par exemple. 

 

C’est aux familles alors, à tous les parents chrétiens de saisir à bras le corps ce problème majeur qu’est la crise des vocations, avant tout crise de la foi. L’auteur dans ce livre partage donc sa conviction que, plus que jamais, l’Église à besoin de prêtres, et de saints prêtres, et cela passera, d’après elle, par la prise de conscience que chacun peut jouer rôle dans l’éveil des vocations de demain.  

 

L’éveil vocationnel dans les familles, Ingrid d’Ussel, Via Romana, 2023 

 

A lire également : Discrètes mais indispensables : les familles de prêtres et religieux

Guillemette Grüet

Ce contenu pourrait vous intéresser

ChroniquesEgliseLiturgie

La Pause liturgique : Sanctus 5, Messe Magnæ Deus potentiæ (Mémoires des Saints)

Ce Sanctus du 4e mode a quelque chose de mystique et de majestueux, dans sa simplicité. Il alterne heureusement les formules neumatiques et les passages syllabiques, les progressions par degrés conjoints et les intervalles de tierce, de quarte ou même de quinte, les élans vers l’aigu et les détentes vers le grave. Ce Sanctus a la particularité de n’être représenté que par une seule source manuscrite, allemande, datée de la toute fin du XIIe siècle.

+

sanctus
A la uneEgliseLiturgie

Confirmation : La chrismation chez les Orientaux (3/3)

Dossier : « Quelle place faut-il donner à la confirmation ? » 3/3 | Le sacrement de confirmation est conféré d’une façon bien différente dans les rites orientaux où il est n’est pas séparé du baptême. La cérémonie, proche de ce qui se faisait en Occident aux premiers siècles, revêt donc une forme spécifique et est accompagnée de prières faisant abondamment référence au baptême du Christ.

+

chrismation confirmation
A la uneEgliseMagistère

Valeur et âge de la confirmation, des pratiques à mettre en question (1/3)

Dossier « Quelle place faut-il donner à la confirmation ? » 1/3 | Auteur de "La Confirmation à sa juste place" (Artège), l’abbé François Dedieu estime qu’il est nécessaire de revenir à la pratique ancienne de conférer ce sacrement avant la première communion. Il détaille ici les raisons et les objectifs de cette pratique, déjà mise en œuvre dans sa paroisse. Entretien avec l’abbé François Dedieu, curé de la paroisse Saint-Urbain-Sainte-Marie (La Garenne-Colombes). 

+

La confirmation à sa juste place