Milton 2/3 : Anges et démons dans l’œuvre de Milton

Publié le 17 Nov 2022
anges

Paradis perdu décrit des figures d’anges et de démons bien éloignées du dogme catholique et tout aussi choquantes pour les protestants. L’Enfer est une république dont le démon est le chef décidé à conquérir la Terre. Plus qu’une vision romantique il s’agit en fait d’une image des conflits politiques dans l’Angleterre du temps.   Paradis perdu n’est pas l’histoire, sinon accessoirement, de la chute et de la rédemption de l’humanité. Elle est celle de la révolte de Lucifer et le seul paradis, à jamais perdu, celui-là, qui compte dans l’histoire, est celui dont Michel l’expulse avec le tiers des anges rebelles. Apprécié de Chateaubriand Évidence telle que les contemporains et les commentateurs protestants en ont été scandalisés. Les catholiques un peu moins… Il est assez surprenant que le succès en France de Paradise lost soit dû à Chateaubriand qui découvrit Milton durant son émigration en Angleterre et en donna, en 1836, une traduction, occasionnellement infidèle, certes, mais d’une qualité littéraire inégalable, non sans lui avoir, d’ailleurs, au préalable, emprunté l’idée de Pandemonium pour écrire les meilleures pages des Martyrs. Pourquoi l’auteur du Génie du Christianisme et du De Buonaparte et des Bourbons s’est-il laissé séduire par cette figure du Mal ? Parce que le Lucifer de Milton n’est pas le Satan de la foi et qu’il demeure en lui, malgré tout, une grandeur, une noblesse, une loyauté, une beauté paradoxales, et presque une capacité à voir, comprendre, apprécier et admirer le Beau et le Bien dont le Malin s’est en réalité définitive­ment coupé en se coupant de la source de tout Bien, toute Beauté et tout Vérité qui est Dieu. Chez Milton, le non serviam de Lucifer est une fière revendication de liberté. Il peut condamner la rébellion, « guerre impie, combat orgueilleux, vaine tentative », « l’ambitieux projet » du rebelle qui est de renverser « le trône et la monarchie de Dieu ». Il n’empêche qu’en secret, il l’approuve car il incarne son propre idéal politique. Le diable, républicain ? D’aucuns diraient qu’il ne faut pas s’en étonner ! Pour Milton, l’enfer est une prison Lucifer tombe, « et il fut chassé du Ciel, le grand serpent, par Michel et ses anges ». Sa chute le conduit en Enfer. Si la théologie affirme que l’Enfer n’est pas un lieu, mais un état, non voulu par le Créateur et fabriqué de toutes pièces par le démon et ceux qui…

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Anne Bernet

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