L’apôtre des gentils au cinéma

Publié le 01 Juil 2019
L'apôtre des gentils au cinéma L'Homme Nouveau

Étrange destinée que celle de Paul, qui forme avec Pierre la seconde colonne de l’Église, tels deux titans chrétiens portant sur leurs épaules le poids de la catholicité et qui, pourtant, ne rencontra point, de ce côté-ci de la réalité, ce Christ pour lequel, finalement, il choisirait de vivre et de mourir.

Historiens et exégètes ont beaucoup disséqué les textes, passant au crible de l’hypercritique épîtres pauliniennes et Actes des Apôtres, dénonçant des traditions très anciennes, très honorables, qui lui attribuaient une première évangélisation de la Provence et de l’Espagne mais ne s’appuyaient sur aucune source scripturaire. D’autres ont voulu faire de lui « l’inventeur du christianisme », le génie méconnu doté d’un sens de la propagande inégalé qui aurait transformé l’enseignement naïf du jeune rabbi de Nazareth misérablement mort crucifié en une prodigieuse machine à conquérir le monde. Les féministes lui ont reproché d’avoir écrit : « femmes, soyez soumises à vos époux. » en oubliant ce que l’apôtre exigeait des époux en échange, et pis encore : « Que la femme se taise dans l’Assemblée ! », effroyable racine, selon elle, de la misogynie ecclésiastique.

Au bout du compte, il en est allé, depuis deux siècles, de saint Paul comme de beaucoup d’autres grandes figures du catholicisme : l’on a tant brouillé ou travesti son image que, ne sachant plus très bien qui il était et ce qu’il fit réellement, nous avons cessé de l’aimer.

C’est dommage. Certes, Paul est moins accessible aux fidèles que ne l’est Pierre, dont les colères, les faiblesses, les emballements, les grands dévouements et les pires reniements sont, il faut bien le dire, très rassurants pour nous qui ne faisons pas mieux, tant s’en faut ! Pourtant, quel étonnant roman que sa vie, telle que nous la connaissons par les Actes, en dépit de leurs lacunes. Je me souviens, enfant, lors de ces dîners qui réunissaient à Paris autour de la table de mes parents, dans ces années 70 si agitées, des prêtres érudits et des intellectuels catholiques lancés dans des discussions que l’amitié empêchait encore de finir en empoignades, -cela viendrait hélas, jusqu’à rendre ces rencontres impossibles et briser des affections que l’on croyait indissolubles …-, de mon père affirmant que « la vie de saint Paul était un western. » 

Je mesure aujourd’hui qu’il avait raison. Il était donc tout à fait approprié d’en tirer un film. Andrew Hyatt s’y est essayé et propose un Paul, apôtre du Christ, distribué en France par Saje Production, qui, malgré son petit budget, se révèle une authentique réussite.

En dépit du titre, il ne s’agit pas d’une vie de saint Paul, qui aurait, pour suivre ses voyages, réclamé des sommes énormes et des effets spéciaux colossaux. Aventures, périples, épreuves, naufrages, supplices, amitiés, rencontres, conversions, tout cela ne sera même pas évoqué.

L’intrigue commence en 68 de notre ère. Paul, âgé, est en prison à Rome depuis des mois, dans l’attente de son exécution. Rassemblés autour d’Aquilas et Priscille dans leur maison des faubourgs, les chrétiens, dénoncés comme responsables de l’incendie de la Ville en 64 et depuis assimilés à une secte interdite, vivent dans l’angoisse permanente d’une descente de police. Ils voudraient pourtant recueillir les dernières paroles et l’ultime soutien de l’apôtre des Gentils. Lorsque Luc, qui fut le secrétaire de Paul, débarque d’Orient, il apparaît comme l’homme de la situation. Le jeune médecin accepte, en effet, courageusement, de s’introduire chaque nuit, en soudoyant les geôliers, auprès de son ami et de lui arracher des confidences. La mission est à risque car Paul est sous la surveillance d’un officier sévère qui peut à chaque instant faire arrêter Luc, et, surtout, comme son secrétaire le découvrira vite, face à la mort, poursuivi par les crimes de son passé de persécuteur, l’apôtre, déchiré de remords et d’angoisse, sent sa foi chanceler. Comment lui demander de conforter les siens quand lui-même traverse l’ultime épreuve spirituelle ?

Bien sûr, nécessité cinématographique oblige, il y a là une bonne part de dramatisation et de fiction pas toujours crédible propre à agacer un historien, mais il ne faut pas trop s’y arrêter.

Jim Cazeviel, qui fut un bouleversant Jésus dans La Passion du Christ de Mel Gibson, réussissant à dépasser le rôle écrasant qui l’a rendu célèbre, campe un remarquable saint Luc, touchant d’humanité, fragile et fort à la fois, confronté à l’apparente faiblesse du maître qui l’évangélisa. En face de lui, James Faulkner incarne Paul, vieux, meurtri, déchiré, mais plus combatif qu’il y semble de prime abord.

Complémentaires, les deux comédiens parviennent à donner sa pleine dimension à ce récit intimiste, tournant parfois presque au huis clos, qui, brisant les statues, nous rappelle combien nos pères dans la foi demeurèrent humains et, partant, imitables.

Paul apôtre du Christ (DVD), chez Saje distribution, 19,99€. 

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

L’exposition : Le triptyque de Moulins, l’éclat retrouvé d’un chef-d’œuvre de la Renaissance

Entre une exposition au Louvre et une autre au musée départemental Anne-de-Beaujeu à Moulins, le triptyque de la Vierge en gloire, dit « Triptyque de Moulins », est actuellement exposé au monastère royal de Brou (Ain) jusqu’au 3 janvier 2027. Après plusieurs années de restaurations, ce chef-d’œuvre attribué à Jean Hey retournera en 2028 à la cathédrale de Moulins, dans la sacristie réaménagée.

+

triptyque de Moulins vierge à l’enfant
CultureLectures

Réédition de La Varende : Heureux les humbles

Recensions | Dans notre page culture, les livres choisis vous parlent de la carmélite Élisabeth de la Trinité, du voyage de trois amis à vélo jusqu’en Corée, des rééditions des nouvelles de La Varenne, des cathédrales gothiques françaises, de Georges de La Tour, etc. Paru dans le n° 1861. 

+

témoignage lecture livre école la varende humbles
CultureHistoire

Un anniversaire américain

Carte blanche de Judith Cabaud | Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, la déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique fut signée par les pères fondateurs de la nouvelle nation, en guerre avec la Grande-Bretagne. Pour comprendre cette naissance contradictoire, Alexis de Tocqueville fut un des premiers Européens à analyser le phénomène américain.

+

anniversaire américain Amérique démocratie