André de Muralt, un aristotélicien et un thomiste dans notre temps

Publié le 04 Mai 2026
andré de muralt

André de Muralt (1931-2026). © M. Philippe Simon. Le Temps / CC BY-SA 4.0.

Figure discrète mais essentielle de l’école aristotélicienne et thomiste contemporaine, le philosophe suisse André de Muralt s’est éteint le 13 avril dernier, à l’âge de 94 ans. Se situant à rebours du déconstructivisme alors triomphant, il est demeuré relativement méconnu en France, bien que l’acuité et l’ampleur de ses analyses en métaphysique et en théorie de la connaissance en fassent un auteur incontournable pour quiconque entend sérieusement faire œuvre de philosophe.

  Né le 1er septembre 1931 à Lausanne, André de Muralt est issu d’une grande famille suisse protestante, qui compte un médecin, un théologien, des officiers et des écrivains ; lui-même a fait le choix de la religion catholique. Son appartenance au pays helvète fut une donnée importante pour le philosophe. Elle se traduit dans son œuvre par le petit ouvrage publié en 1966, Philosophes en Suisse française (La Baconnière, Neuchâtel), et, sur un autre plan, par son engagement pour la défense de la neutralité de son pays lors du débat sur l’entrée de la Suisse à l’ONU, ou dans l’Union européenne. Ayant suivi une formation en philosophie à Lausanne et à Fribourg, puis à Paris, où il connut Henri Gouhier, Martial Guéroult, Jean Wahl et Paul Ricœur, André de Muralt soutient sous la direction de ce dernier, à Lausanne, une thèse sur la phénoménologie de Husserl, publiée en 1958, l’année même où il se marie. Commence alors un parcours académique qui le conduit à donner des cours dans diverses universités, pour finir par occuper, de 1981 à 1995, la chaire ordinaire de philosophie médiévale de l’Université de Genève. André de Muralt est ainsi classé parmi les médiévistes. Mais, aussi important que soit pour lui le moment médiéval, qui est de fait le moment où le monde qui parle latin se convertit à une culture intellectuelle scientifique, son œuvre déborde largement ce cadre pour embrasser l’ensemble de la tradition philosophique, de Parménide à la philosophie analytique contemporaine. Ses débuts se font donc sous l’égide de philosophie moderne, avec son étude doctorale sur Husserl, L’idée de la phénoménologie (Puf, 1958), et, de manière concomitante, une étude sur Kant, La conscience transcendantale dans le criticisme kantien (Aubier Montaigne, 1958). Dès 1957 toutefois, il publie un premier article sur le Sophiste de Platon, et en 1958 à nouveau, un article sur Aristote. En 1960, sont publiés deux articles : « L’élaboration husserlienne de la notion d’intentionnalité. Esquisse d’une confrontation de la phénoménologie avec ses origines scolastiques »,…

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Guilhem Golfin

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