La pause liturgique : Gloria 8, De angelis (Messe des Anges)

Publié le 05 Oct 2024
sanctus grégorien agnus gloria introït relique

Messe des Anges : 

 

Commentaire musical du Glória 8

 

Gloria 8 Partition gloria

 

Le Glória de la Messe des Anges est encore le plus connu et le plus chanté de tous les Glória du répertoire grégorien. C’est aussi le plus récent, puisqu’il date du XVe ou du XVIe siècle, peut-être même du XIVe siècle – on possède un Graduel dans les archives paroissiales du Val d’Illiez, en Italie, écrit en 1354, et qui contient déjà une mélodie proche de celui que nous chantons aujourd’hui.

C’est en tout cas celui qui sonne le plus en harmonie avec nos oreilles habituées à la tonalité, et plus surprises par la modalité grégorienne antique. Nous avons ici un témoin de la présence déjà bien ancrée à l’époque de la tonalité majeure dans la composition musicale. L’art du compositeur a été d’allier une physionomie musicale plus moderne à un schéma de composition bien traditionnel. Le résultat est heureux puisqu’il a traversé les siècles qui ne sont pas les plus favorables au chant grégorien, et qu’il est toujours présent et chanté dans nos assemblées paroissiales.

Nous sommes en présence d’un 5e mode qui alterne les cadences en Fa, note fondamentale du Tritus authente, et les cadences en Do, dominante de ce même mode. Il apparaît très unifié dans ce schéma modal.

En outre, on peut noter l’extrême simplicité et sobriété musicale de ce Glória qui est construit tout entier à partir de trois motifs qui apparaissent dès l’intonation, et qui vont se succéder infailliblement jusqu’à la fin de la pièce.

Le premier motif part du Do et rejoint le Fa. On l’entend d’emblée avec l’intonation Glória in excélsis Deo ; il est repris à l’identique sur les mots suivants et in terra pax homínibus, et on va le retrouver par la suite sur les mots Adorámus te, propter magnam glóriam tuam, le premier Dómine Deus, rex cæléstis, Dómine Fili, Fílius Patris, le premier miserére nobis, súscipe deprecatiónem, qui sedes ad déxteram Patris. Tu solus Altíssimus, Cum Sancto Spíritu, et même sur le début de la vocalise de Amen. Notons d’ailleurs que cette formule, en fonction du nombre des syllabes que contient le texte qu’elle habille, est soit syllabique soit neumatique.

Ce premier motif est en fait inséparable du motif suivant qui est son presque exact renversement, puisqu’il remonte quant à lui du Fa au Do aigu, mais en dépassant néanmoins le Do et en allant toucher le Ré aigu avant de revenir se poser sur la corde dominante. Il ne fait donc qu’une seule liane mélodique, du Do au Do, en passant par le La, le Sol, le Fa qui constitue la note la plus grave, et le Ré là haut, à l’aigu. Une seule corde est absente, le Si que l’on n’entendra une seule fois, à la toute fin, sur le dernier mot Amen qui contient un Sib.

Ce deuxième motif mélodique se rencontre donc sur les mots bonæ voluntátis, glorificámus te, Deus Pater, unigénite, le premierqui tollis peccáta, deprecatiónem, le second miserére nobis, altíssimus, et enfin in glória Dei.

Quant au troisième motif, tantôt il se combine avec le second qu’il déploie à l’aigu, remontant alors vers le Ré, puis plus haut jusqu’au Mi et même au Fa avant de redescendre se poser sur le Do : on rencontre ce motif sur les mots grátias ágimus tibi, omnípotens, les deux Jesu Christe, le premier mundi, nostram, Patris.

Tantôt il se combine avec le premier motif qu’il précède en attaquant alors directement sur le Fa aigu, puis en revenant se poser sur le Do après avoir effectué une petite courbe mélodique procédant toute par degrés conjoints, alternant avec grâce les descentes et les montées, et touchant toutes les notes du Fa aigu au Do, donc Fa-Mi-Ré-Do. On trouve ce motif gracieux plus ou moins étendu selon le nombre des syllabes, sur les mots Laudámus te, Benedícimus te, le second Dómine Deus, le second Qui tollis peccáta, Quóniam tu solus sanctus, tu solus Dóminus.

Un mot sur le Amen qui fait le lien avec le Kyrie de la Messe des Anges, lui aussi du 5e mode, puisqu’il reproduit exactement la mélodie de eléison. Mais tandis que le Kyrie utilise abondamment le Sib tout au long de ses mélismes, notre Glória, lui, ignore le Si et ne le chante que sur son mot final.

La combinaison parfaite de ces trois motifs si étroitement liés entre eux, donne une mélodie assez répétitive et pourtant très variée, nullement monotone, qui se déploie sur toutes les notes de la gamme, entre le Fa grave et le Fa aigu, à l’exception du Si, comme on l’a vu. Composition très étudiée, moins libre peut-être, de ce fait, que les mélodies les plus anciennes du Glória, annonçant déjà l’esprit plus systématique des temps modernes, mais néanmoins très réussie.

 

>> à lire également : Saint Pie X, défenseur de la foi (3/3) : L’œuvre de saint Pie X pour la grandeur de la liturgie 

 

Un moine de Triors

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