« Mourir pour la vérité » de Corentin Dugast : reconstruire notre vie intérieure

Publié le 13 Nov 2025
Charlie kirk Amérique Corentin Dugast

Charlie Kirk lors de l'étape de l'« American Comeback Tour » à l'université de Floride. © Gage Skidmore from Surprise, AZ, United States of America, CC BY-SA 2.0

Portrait Corentin Dugast corentin dugastDans son nouveau livre, Mourir pour la vérité, Corentin Dugast rend hommage à Charlie Kirk, figure chrétienne assassinée pour son engagement, et appelle les catholiques à renouer avec une vie intérieure authentique. Entre prière, combat doctrinal et exigence de vérité, il invite à sortir de l’indignation permanente pour retrouver un témoignage chrétien ferme, paisible et profondément incarné.

 

| Pourquoi avoir dédicacé ce livre à Charlie Kirk, et qu’est-ce qui vous a le plus marqué chez lui dans sa manière de défendre la vérité ?

C’était la moindre des choses. Charlie Kirk illustre à merveille ce que j’essaie de dire sur le règne du Christ : un homme qui assume publiquement la vérité de l’Évangile, jusqu’au bout.

Je parle beaucoup de lui dans le livre, je le prends souvent en exemple aussi pour lui rendre hommage. Son assassinat m’a littéralement mis « au fond du trou » pendant 48 heures. Objectivement, c’est étrange : je ne le connaissais pas personnellement, je le suivais sur les réseaux depuis trois ans, c’était une figure publique… et pourtant, j’ai été affecté comme si je perdais quelqu’un de proche. La brutalité des images y a beaucoup joué, et le déferlement de commentaires expliquant en substance « qu’il l’avait bien cherché » encore plus.

D’une certaine manière, lui dédier ce livre, c’est ma manière de lui dire : « On prend le relais. » Modestement, mais vraiment.
J’ai été impressionné par sa clarté de pensée. Il y a beaucoup de gens qui débattent, donnent des opinions mais on sent chez lui un vrai travail. Il lisait un livre par semaine, coupait son téléphone une journée par semaine… Et cela se ressentait dans sa manière d’argumenter : il ne bafouillait pas, ne se réfugiait pas dans l’agressivité. Sa parole était articulée, précise, fluide.

Tout cela, uni à un courage tranquille pour témoigner de l’Évangile dès qu’on l’interrogeait sur l’espérance qui l’habitait. Il avait cette phrase très simple : « Il n’y a pas un point de la Bible qui ne va pas améliorer ta vie si tu l’appliques. »

 

| Dans le livre, vous parlez de « conservatisme chrétien ». En vous lisant, on pourrait se dire : pourquoi ne pas dire simplement « chrétien » ?

Je suis d’accord. Mais si j’ai tenu à employer l’expression « conservatisme chrétien », c’est parce qu’aujourd’hui beaucoup de chrétiens refusent tous les aspects objectivement conservateurs de l’Évangile, en se réfugiant derrière : « Nous ne sommes pas conservateurs, nous sommes simplement chrétiens. »

Pour l’instant, sur la famille, sur la vie morale, sur le travail, la position chrétienne est perçue, et assumée, comme conservatrice par rapport à l’imaginaire dominant. Ce n’est pas un conservatisme partisan, aligné sur tel ou tel parti, c’est le conservatisme de la loi naturelle.

L’idée était double : rappeler aux conservateurs qu’un conservatisme sans le Christ, c’est du vide – pour rester poli –, et rappeler aux catholiques que l’Évangile est bel et bien conservateur sur des points décisifs, et qu’on ne pourra pas éternellement l’édulcorer pour paraître modernes. Peut-être que dans cent ans, si notre société redevient profondément chrétienne, on n’aura plus besoin de ce mot. Mais aujourd’hui, il permet de clarifier le débat.

 

| Votre livre est très politique dans ses conséquences, mais vous commencez par une longue première partie sur la vie de prière. Pourquoi insister autant sur cet aspect plutôt que sur l’action, la stratégie, la formation intellectuelle ?

Très concrètement, nous ne pouvons pas être chrétien sans prière. Il est impossible d’être catholique sans une vraie vie de prière.
On peut aller à la messe, tenir un discours conservateur, s’indigner sur les réseaux… mais si notre vie n’est pas profondément travaillée par le Christ dans l’intimité, tout cela reste superficiel voire même dangereux.

C’est ce qui m’a poussé à écrire des phrases un peu dures dans le livre, du type : « Si vous ne voulez pas entrer dans une vraie vie de prière, arrêtez d’aller à la messe. » Ce n’est pas de la provocation gratuite : des catholiques qui se disent pratiquants, mais qui ne laissent jamais l’Évangile bouleverser leur manière de traiter les autres, de travailler, de juger les événements, finissent par desservir la foi.

La prière, ce n’est pas « réciter des prières ». C’est se laisser transformer de l’intérieur. Le terme biblique, c’est la métanoïa : une conversion qui reconfigure toute la personne, au point qu’il y ait un avant et un après. C’est ce que j’essaie de décrire : ce n’est pas une option « pour ceux qui ont le temps ». Sans vie intérieure, l’engagement finit toujours par trahir l’Évangile, même sous des couleurs chrétiennes.

 

| Vous dénoncez donc aussi une forme d’idéologie conservatrice chez certains chrétiens ?

Je parle de toutes les situations où la colère devient le moteur principal. Colère souvent légitime, d’ailleurs, face à l’insécurité, au mépris des victimes, à la décadence morale… Mais la colère seule finit toujours par déformer le regard chrétien.

Sans vie de prière, sans fréquentation réelle de l’Évangile, on traite les sujets, l’immigration par exemple, uniquement à partir de la peur et de la rancœur. On risque d’oublier qu’un immigré n’est pas seulement un problème politique, mais d’abord une personne souvent broyée, exploitée, blessée. Un chrétien a le devoir de tenir ensemble la vérité sur les dangers objectifs que nous vivons, et la charité envers ceux qui en sont aussi victimes.

Je crois qu’un certain nombre de voix « de notre camp » gagneraient à se retirer quelques années, à se laisser pacifier par le silence, la prière, de bons amis, plutôt que d’entretenir en permanence l’adrénaline de l’indignation. Ce n’est pas du temps perdu, l’humanité peut attendre quelques années de plus : notre âme, non.

 

| Comment, concrètement, tenir ensemble le combat doctrinal et l’amour des ennemis ? Comment combattre l’erreur sans mépriser ceux qui la portent ?

C’est un point central et là encore l’exemple de Charlie Kirk peut nous éclairer. Il était d’une fermeté totale sur le fond, mais d’une vraie délicatesse envers les personnes.

Je pense à un échange avec une jeune femme transgenre. Elle vient le voir pour le provoquer sur ces sujets ; lui commence par lui dire : « Raconte-moi ton histoire. » Et pendant plusieurs minutes, il écoute vraiment ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a subi. Ensuite, il lui répond sur le fond, en lui disant ce qu’il lui aurait conseillé quelques années plus tôt : ne pas se précipiter vers des traitements irréversibles, prendre le temps de guérir ses blessures, de travailler sur elle, de se reconstruire.

Il ne transige pas avec l’idéologie: il ne dit pas que c’est neutre ou sans gravité. Mais il garde en tête qu’il a en face de lui une âme aimée du Christ, que le Christ veut gagner à lui. C’est exactement ce que nous avons à vivre : ne jamais trahir la vérité, et ne jamais oublier que celui qui se trompe est aimé de Dieu.

Pour les crimes les plus monstrueux, c’est humainement vertigineux – penser que le Christ aime aussi le criminel, qu’il est mort pour lui. Mais c’est précisément là que se joue la différence chrétienne. La justice humaine doit être ferme ; la haine, elle, n’a pas droit de cité dans le cœur du disciple.

 

| Vous dites que, pour reconstruire la chrétienté, il faut d’abord « reconstruire la vie intérieure », puis « reconstruire la vie publique ». Une fois la prière remise au centre, par quoi commence-t-on ?

Par la vérité. Remettre la vérité au cœur du village, si je puis dire.

Dans l’affaire Charlie Kirk, ce n’est pas seulement un homme qui a été tué pour ce qu’il défend. Les chrétiens, hélas, sont martyrisés depuis deux mille ans. Ce qui me terrifie, c’est notre rapport collectif à la vérité.

Nous vivons dans un monde où, objectivement, il n’a jamais été aussi facile de vérifier une information : en trois clics, on peut aller voir une vidéo dans son intégralité, lire un texte en contexte. Et malgré cela, on se contente volontiers d’extraits tronqués, de montages militants, de commentaires indignés.

Sur Charlie Kirk, par exemple, certains médias ont sorti des phrases arrachées à leur contexte pour en faire un « raciste professionnel ». Il suffisait de regarder cinq minutes de vidéo en plus pour constater qu’il disait exactement l’inverse. Mais nous avons pris l’habitude de ne plus faire cet effort minimal. La flemme de penser s’est installée.

En tant que chrétiens, notre rôle est de réapprendre aux gens à aimer la vérité, même quand elle ne nous arrange pas. Cela suppose d’accepter, parfois, de dire sur un plateau : « J’ignore, je n’ai pas encore eu le temps de réfléchir à cette information qui vient de tomber. » C’est infiniment plus chrétien que de donner, à chaud, une opinion de plus pour remplir l’espace.

 

| À qui destinez-vous ce livre, et pourquoi maintenant ?

Il est né de deux intuitions qui se sont rejointes.

La première vient des réactions à mon précédent livre sur la prière. On me disait souvent : « C’est très beau ce que vous décrivez, ce cœur à cœur avec le Christ, mais ce n’est pas donné à tout le monde. » J’ai voulu montrer que, si, c’est offert à tous, mais que cela a un prix : celui de la persévérance, de la conversion réelle.

La seconde, c’est que plus je méditais sur le règne du Christ dans les cœurs, plus j’arrivais au règne social du Christ. Ce n’est pas un supplément : la chrétienté est le fruit normal de la sainteté. Le règne du Christ dans les âmes engendre une chrétienté ; et une chrétienté engendre, à son tour, des saints. Aujourd’hui, nous sommes dans le cercle inverse : des cœurs pervertis fabriquent une société perverse, qui entretient en retour la perversion.

J’écrivais donc depuis deux ans sur ces thèmes, en lisant aussi bien des auteurs catholiques sur le règne du Christ mais aussi Camus, Hannah Arendt, etc. Et puis l’assassinat de Charlie Kirk a tout accéléré. D’un coup, je voyais des conservateurs français, parfois éloignés de l’Église, profondément touchés par cet homme. Je me suis dit : « C’est le moment de leur dire que, sans Jésus-Christ au centre, leur combat tournera court. » Et, en face, de dire aux catholiques qu’ils ne peuvent plus être des chiens muets.

 

| Pourquoi ce titre, « Mourir pour la vérité » ? Pourquoi pas : « Vivre pour la vérité » ?

Parce que je crois que deux peurs paralysent aujourd’hui les chrétiens.

La première, c’est la peur de la pauvreté. Si vous voulez faire taire beaucoup de catholiques, menacez leur situation professionnelle, leur niveau de vie, les subventions de leur œuvre… et vous verrez à quelle vitesse ils se taisent. Alors même que Jésus nous met en garde très clairement contre Mammon.

La seconde, c’est la peur de mourir. L’intimidation, la menace, le chantage : ce sont des armes spirituelles redoutables. Le diable s’en sert depuis toujours.

Le titre est évidemment un hommage à Charlie Kirk, qui a littéralement donné sa vie pour la vérité. Mais il signifie aussi qu’il y a, dans la vie chrétienne, une mort au monde à consentir : mourir à certains conforts, à certaines sécurités, pour être vraiment libres. Si nous nous laissons libérer de la peur de la pauvreté et de la peur de la mort, nous devenons extrêmement dangereux pour le démon, parce qu’il ne sait plus sur quoi appuyer pour nous intimider.

L’épisode de David et Goliath illustre bien cela : l’armée d’Israël est paralysée par la peur, elle a déjà perdu avant même le combat. David, lui, avance au nom du Seigneur ; il sait que Dieu ne l’abandonne pas. Nous avons besoin aujourd’hui de chrétiens de ce type : non pas des super-héros, mais des baptisés qui ont rompu avec l’esprit d’intimidation, parce qu’ils ont déjà livré leur vie au Christ.

Mourir pour la vérité, c’est accepter que notre vie ne nous appartienne plus en dernier ressort. Et c’est paradoxalement là que commence la vraie liberté.

 


Corentin Dugast, Mourir pour la vérité, Via Romana, 152 p., 17,00 €.

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>> à lire également : L’assassinat de Charlie Kirk secoue les États-Unis

 

Maitena Urbistondoy

Maitena Urbistondoy

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