Messe Jesu Redemptor (Fêtes des saints) :
- Kyrie 14
- Gloria 14
- Sanctus 14
- Agnus 14
Commentaire musical
Si le Glória XIII n’est représenté que par un seul manuscrit, celui-ci, en revanche, nous est parvenu au moyen d’une multitude de sources (plus d’une centaine) remontant au moins jusqu’au Xᵉ siècle.
En fait, cette mélodie serait d’origine grecque et remonterait à des temps très anciens, peut-être même pré-chrétiens.
Il s’agit donc d’un Glória ancien qui présente la particularité d’être le seul Glória du 3ᵉ mode. Cette indication est à elle seule un élément intéressant : nous sommes en présence d’une pièce plutôt mystique, et cela se repère dès l’intonation : le Glória commence d’emblée à l’aigu sur un double Do, et la formule d’intonation s’achève sur un podatus Sol-La qui a bien un petit air extatique. Do-La-Sol : ces trois notes liées entre elles vont se retrouver très fréquemment : homínibus, bonæ voluntátis ; laudámus te ; adorámus te ; ágimus ; glóriam tuam ; Dómine ; omnípotens ; le premier Jesu Christe ; Dómine ; déxteram Patris ; quóniam tu solus.
Les formules mélodiques qui ornent les quatre verbes (laudámus ; benedícimus ; adorámus ; glorificámus), sont alternées et identiques de deux en deux : laudámus = adorámus ; benedícimus = glorificámus). La première de ces deux formules se situe entre le Sol et le Do et se fixe sur le La ; la seconde monte en un bel élan jusqu’au Ré aigu et se fixe sur une cadence extatique en Si naturel, c’est-à-dire un Mi (3ᵉ mode) transposé à la quinte.
Sur grátias ágimus tibi, on a une formule qui s’enroule autour du Si naturel et qui s’achève sur un torculus La-Do-La et une cadence en Si. On va retrouver cette formule à sept reprises, sur les mots Deus ; cæléstis ; Deus ; Dei ; Patris ; nostram ; sanctus.
La mélodie de Dómine Deus, rex cæléstis réapparaît sur les mots Dómine Deus, Agnus Dei, Fílius Patris. Cette dernière phrase est très répétitive et doit être menée en crescendo d’une incise à l’autre.
Viennent ensuite les deux Qui tollis peccáta mundi et le Qui sedes ad déxteram Patris qui s’enchevêtrent. Les deux Qui tollis peccáta mundi ont la même mélodie mais se séparent au moment de leur seconde partie : miserére nobis plonge vers le grave d’une façon très expressive, pour finir sur un Mi, tandis que súscipe deprecatiónem nostram reste dans les hauteurs et s’achèvent sur un Si. Et le miserére nobis qui suit Qui sedes ad déxteram Patris reprend à l’identique la mélodie du précédent.
Les trois Tu solus ont également des affinités, non seulement entre eux mais avec d’autres parties du Glória. Sur Quóniam tu solus sanctus on retrouve la mélodie des deux Dómine Deus ; Tu solus Dóminus et tu solus altíssimum se répètent et reprennent à peu près la formule de Deus Pater omnípotens ou de unigénite.
Quant à la dernière phrase, Cum Sancto Spíritu, elle nous fait retrouver les deux Qui tollis peccáta mundi. Seuls les derniers mots, in glória Dei Patris, nous présentent in extremis une formule mélodique originale qui joue entre le Mi et le La, plus humble, paradoxalement, que le reste de la pièce, et qui s’achève par une distropha suivie d’une note pointée, Sol-Mi, déjà entendue à plusieurs reprises sur les mots voluntátis, Christe, et aussi mais sur deux autres cordes, à savoir La-Sol, sur les mots Christe, mundi (deux fois), le premier Patris.
Le Amen final unit un très bel élan qui conduit en deux fois la mélodie du Mi au La, puis du Sol au Do à une détente ferme et douce, par degrés conjoints à partir du La jusqu’au Mi final, après un appui sur le Ré, sous-tonique du mode.
Par la variété de ses motifs mélodiques, par leur enchaînement subtil, par l’ampleur de ses intervalles, par ce mélange de jaillissement et d’intériorité (que le Amen final résume si bien d’ailleurs) ce Glória est un des plus expressifs de tout le répertoire.
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