> L’Essentiel de Thibaud Collin
Les discussions parlementaires et médiatiques autour de l’« aide à mourir » révèlent la subversion de la notion de liberté opérée par le libéralisme. Analyse d’une dérive aux conséquences funestes.
La modernité libérale s’est fondée sur une conception négative de la liberté. Celle-ci ne désigne plus la capacité de choisir le vrai bien mais le fait de ne pas être empêché dans son désir individuel. Le débat actuel sur « l’aide à mourir » est gouverné par cette opposition et il manifeste en quoi le libéralisme de la liberté négative est liberticide alors même que beaucoup ont noté que cette loi est en l’état la plus permissive au monde. En quoi le permissif et le liberticide peuvent-ils coïncider dans le libéralisme libertaire actuel ?
Une logique totalitaire
Rappelons que la proposition de loi relative au « droit à l’aide à mourir », adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 27 mai 2025 puis rejetée par le Sénat le 28 janvier 2026, a été de nouveau adoptée par l’Assemblée nationale en deuxième lecture le 25 février 2026 (1). Le texte est désormais renvoyé au Sénat pour un nouvel examen dans le cadre de la navette parlementaire. Sauf retournement, espéré mais à vues humaines peu probable, c’est une version proche du texte voté dernièrement par les députés qui deviendra la loi française. Outre la transgression de la loi naturelle qu’autorise ce texte, en l’occurrence tuer un innocent ou coopérer à son suicide, il convient de souligner la logique totalitaire qui anime ce dispositif. On a l’habitude de considérer le totalitarisme uniquement comme une propriété des États fondés sur une idéologie coercitive et un parti unique. Or, comme le dit Marcel Gauchet dans La Condition historique (2), « nous ne risquons plus l’État total, mais la déroute de l’Etat devant l’individu total ». Nous y sommes ! En effet, l’État met toute sa puissance contraignante au service de l’individu devenu mesure de son droit. Or le droit de quelqu’un (ici d’être « aidé » à mourir) est toujours l’envers du devoir de quelqu’un d’autre. La permission offerte par l’État individualiste engendre forcément une coercition violant une autre liberté. Telle est la logique sous-tendant l’État fondé sur le contrat social et l’arbitraire de la volonté générale, identifiée de facto à la majorité, elle-même pilotée par une avant-garde…







