En publiant Quo vadis, Humanitas ?, la Commission théologique internationale s’attaque au transhumanisme et pointe les dangers de l’intelligence artificielle. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Point de vue d’un spécialiste de ces questions. Entretien avec Rémi Sentis, co-auteur de La guerre des intelligences n’aura pas lieu (Salvator).
| Y avait-il une réelle nécessité, pour l’Église, à produire Quo vadis, Humanitas ?
Absolument, ce document extrêmement intéressant répond à une double nécessité : d’une part, il offre une analyse critique de l’idéologie transhumaniste, dont l’influence, quoique diffuse, est bien réelle. D’autre part il propose une réflexion approfondie sur l’anthropologie chrétienne, qui demeure finalement assez mal connue, y compris parmi les catholiques. En France, le courant transhumaniste est incarné par des personnes qui lui préfèrent souvent le nom de « techno-progressisme » (dont un des représentants est Laurent Alexandre, médecin, intervenant médiatique régulier sur l’IA) mais, au fond, il s’agit de la même chose. Quo vadis, Humanitas ? donne deux caractéristiques majeures de ce mouvement : la première, c’est la conviction que « les êtres humains peuvent et même doivent utiliser les ressources de la technologie et de la science pour surmonter les limites physiques et biologiques de la condition humaine ». La seconde, c’est la promotion d’un « type de savoir et de calcul qui se dispense d’une intelligence vécue dans un corps ». Et ce dernier point est décisif.
Ces articles pourraient vous intéresser :
- Recensions : La guerre des intelligences n’aura pas lieu (Rémi Sentis)
- Quo vadis, Humanitas ? Le Vatican face aux promesses du transhumanisme et de l’IA
- Intelligence artificielle (2/5) : Penser, comprendre, exécuter, où est l’intelligence ?
- L’homme transformé (1/3) | Du totalitarisme au transhumanisme, la tentation de l’homme transformé
| Le texte insiste donc sur cette notion du corps ?
Oui, car c’est précisément ce que les transhumanistes refusent : la corporéité. Ce document développe une véritable réflexion sur le corps, qui s’apparente à une théologie du corps, même si elle est distincte de celle de Jean-Paul II. L’idée centrale en est simple mais fondamentale et répond aux enjeux d’aujourd’hui : l’intelligence humaine n’est pas une intelligence éthérée, elle se manifeste dans un corps. L’homme pense, certes avec son cerveau, mais aussi avec tous ses sens. On ne pense pas uniquement par un algorithme de calcul. Le philosophe et informaticien Hubert Dreyfus le disait déjà en 1979, ceux qui assimilent le cerveau…







