> Carte blanche à Yves Chiron
La Nation, publiée à Lausanne, a plusieurs points communs avec L’Homme Nouveau. Son rythme de parution – bimensuel – et sa longévité : La Nation a été fondée en 1931. Autre point commun, chacun de ces périodiques se prolonge par une maison d’édition : les Cahiers de la Renaissance vaudoise pour La Nation. En revanche, le bimensuel suisse est l’émanation d’un mouvement, la Ligue vaudoise, tandis que L’Homme Nouveau est indépendant de tout groupement politique ou religieux. La Ligue vaudoise se définit comme « un mouvement indépendant et hors parti qui voue ses efforts à la recherche du bien commun du Pays de Vaud. Son action porte tout particulièrement sur le fédéralisme, c’est-à-dire sur la défense des souverainetés cantonales ». On peut aussi la définir comme un mouvement identitaire, conservateur et chrétien (de tradition réformée). Olivier Delacrétaz a été président de la Ligue vaudoise de 1977 à 2021. Il reste aujourd’hui l’éditorialiste principal de La Nation. Il publie un petit essai sur l’antisémitisme qui est à la fois sensé et pertinent. Il prévient d’emblée que son point de vue est « celui d’un chrétien » : « il aurait été aussi prétentieux qu’illusoire de nous poser en observateur neutre, examinant le christianisme et le judaïsme du haut d’une objectivité prétendument supérieure ». Il relève aussi que « les chrétiens ont besoin des Juifs, alors que ceux-ci n’ont pas, de leur point de vue, besoin des chrétiens ». L’origine juive du christianisme est un fait historique. La Révélation contenue dans la Bible est composée « pour trois quarts de livres juifs » (l’Ancien Testament) et pour un quart de livres chrétiens (le Nouveau Testament). Mais il y a eu une rupture : « le Christ, Juif lui-même, accomplissait en sa personne les promesses et les prophéties de la Bible hébraïque ». Ce que n’ont pas voulu reconnaître le plus grand nombre des Juifs de son temps et leurs descendants jusqu’à nos jours. Les chrétiens ont déploré cet aveuglement. Olivier Delacrétaz estime qu’aujourd’hui, face à la question juive, il y a « deux abîmes sans fond ». L’un est de perpétuer un antisémitisme qui, d’une manière ou d’une autre, essentialise le Juif. L’autre est une théologie chrétienne qui semble s’amputer de sa christologie pour présenter « le judaïsme comme une voie parallèle d’accession au Père ». À la lumière de saint Paul, il faut rappeler…







