Ronde des mots autour de Dieu

Publié le 17 Juin 2026
Jean Pruvost ronde dieu dictionnaire mot

Jean Pruvost © Pascal Hausherr

Jean Pruvost, professeur d’université, historien de la langue française, journaliste (Le Figaro, RCF), grand collectionneur de dictionnaires, se passionne pour l’origine des mots et la littérature. Il aborde dans un ouvrage intitulé Dieu à travers les mots et leur histoire le vocabulaire du domaine religieux, d’une manière vivante et colorée. Entretien.

 

| Quel lien voyez-vous entre le dictionnaire et l’idée de l’infini ?

En vérité, en rédigeant cet ouvrage, cette comparaison entre l’infini que représentent Dieu, d’une part, et la nature même des dictionnaires, d’autre part, m’a d’emblée touché. D’abord parce qu’au sens propre un dictionnaire n’est jamais fini, il est par définition « infini », on peut toujours en effet y ajouter des mots, le vocabulaire d’une langue vivante étant lui-même sans fin ; chaque jour naissent effectivement des mots désignant de nouvelles réalités, technologiques ou autres. De là, d’édition en édition, des ajouts et des modifications, et c’est sans fin. En réalité, sitôt arrivé au terme de la rédaction d’un dictionnaire, on sait qu’il faudrait un Supplément et qu’une nouvelle édition s’imposerait. C’est une énorme leçon de modestie que d’écrire un dictionnaire : les lexicographes – les personnes les rédigeant – sont conscients de l’infini de leur tâche. Je n’ai pu par ailleurs m’empêcher de percevoir un lien entre le fait qu’un très grand nombre d’auteurs de dictionnaires ont fait partie du clergé et peut-être, consciemment ou inconsciemment, cette notion d’infini. Je donne d’ailleurs la liste de ces auteurs dans l’ouvrage.  

| Pourquoi est-il si important à vos yeux de connaître le vocabulaire propre à notre héritage religieux – noms des édifices et de leurs diverses parties, noms des vêtements que revêt le prêtre pour officier, etc. ?

Lorsque l’être humain s’habille, en principe il connaît le nom que portent ses habits, tout comme l’architecte use de mots précis pour désigner les différentes parties d’une habitation. Et alors même qu’au cœur de la ville, du village, se tient l’église, avec un clergé, des cérémonies religieuses auxquelles on participe, croyant ou incroyant, soudain on se rend compte que personne ne nous a appris le nom précis des lieux où l’on prie, des habits portés par les officiants, le nom des objets du culte, et tout se passe comme si, en feuilletant un livre et en lisant un texte, on ignorait des mots essentiels comme page, feuille, ligne, paragraphe, chapitre, table des matières, etc. On est en partie alors analphabètes. Voilà pourquoi…

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Anne Le Pape

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