L’art contemporain est-il encore de l’art ?

Publié le 27 Juin 2026
art contemporain

Gorup de Besanez, CC BY-SA 4.0

> Carte blanche à Yves Chiron

  Will Gompertz est critique d’art et il a longtemps dirigé la Tate Galley de Londres. L’ouvrage qu’il a consacré en 2012 à l’art moderne et contemporain, sous le titre Que regardes-tu ?, a été traduit en 22 langues. Il est étonnant qu’il soit traduit si tardivement en français. Son livre a une structure chronologique très classique : du pré-impressionnisme (1820-1870) au Street Art d’aujourd’hui, en passant par le cubisme, le dadaïsme, le Pop Art, le minimalisme et autres courants qui n’ont cessé de se succéder depuis deux siècles. L’ouvrage, qui comporte de nombreuses illustrations, explique les œuvres les plus abstraites, ou les plus absconses, dans des termes accessibles à tous. 

L’art conceptuel

Selon Will Gompertz, l’art contemporain est passé de l’« œuvre » à l’« idée » : il ne s’agit plus « de fournir un plaisir esthétique », mais plutôt « de prendre du recul sur le monde et d’essayer de créer du sens ». La fonction de l’art n’est plus d’embellir le monde mais de faire réfléchir la société.  Les trois toiles monochromes du constructiviste Rodtchenko, exposées en 1921, s’intitulaient Pur Rouge, Pur Bleu et Pur Jaune et avaient, significativement, pour nom collectif La Mort de la peinture. Ces toiles peintes d’une couleur unique, non figuratives, réduisaient « la peinture à sa conclusion logique », selon l’expression de Rodtchenko ; ce n’était plus qu’un matériau peint. Cet art conceptuel, qui se réduit à un monochrome, inspirera de nombreux artistes, jusqu’à Pierre Soulages, mort en 2022.

La société de consommation

Dans les années 1960-1970, Andy Warhol, un des pères du Pop Art, en reproduisant dans ses tableaux des produits très courants (une boîte de soupe Campbell ou une bouteille de Coca-Cola) ou des représentations en série de photographies de Marilyn Monroe ou de Mao Tsé-Toung, s’approprie les techniques et l’esthétique de la société de consommation et aussi ses méthodes de production commerciale. Il est significatif qu’il ait appelé « l’Usine », l’atelier où il travaillait avec ses collaborateurs. L’art contemporain, dans ses différents courants – sauf pour les artistes réactionnaires qui s’en tiennent à la conception de l’art comme une technique au service d’une esthétique –, peut être considéré comme une déconstruction. Après avoir lu Will Gompertz, il faut lire à tout prix La Révolution esthétique moderne d’André Charles. Il montre comment l’art a fait sa « révolution copernicienne » : « tout faire dépendre uniquement du sujet créateur ». Selon Kant, l’art ne doit pas être une imitation de la…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Yves Chiron

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureHistoire

Saint Louis (5/8) : Un roi au service du bien commun

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | Saint Louis aurait pu être un homme pieux mais médiocre souverain, un excellent chef doublé d’un triste mécréant. Il ne fut ni l’un ni l’autre. En travaillant à l’héroïcité de ses vertus, il a magnifié ses dispositions profanes, transcendant ses qualités de dirigeant. Entretien avec François-Régis Legrier, professeur de géopolitique, auteur de Saint Louis, modèle des chefs d'État (Via Romana).

+

saint louis bien commun justice chef
À la uneCultureArt et Patrimoine

Une petite-fille de Velázquez ?

Analyse d’œuvre | L'exposition en cours au musée Jacquemart-André propose au public des chefs-d’œuvre de la peinture baroque espagnole, parmi lesquels un portrait d'enfant dans un style qui tranche avec les ceux qui rendirent si célèbre Velázquez, le maître du Siglo de Oro, auprès des cours européennes.

+

Velázquez
À la uneCultureHistoire

Saint Louis (4/8) : Blanche & Marguerite, deux reines au chevet du royaume

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | Dans l'ombre et la lumière du règne de saint Louis, deux figures féminines s'imposent : Blanche de Castille, mère dévouée et reine de fer, et Marguerite de Provence, reine pieuse et épouse fidèle. À travers leurs influences respectives, se lit l'équilibre singulier d'une royauté en acte, structurée par la foi chrétienne.

+

saint louis blanche de castille marguerite de Provence
À la uneCultureHistoire

Saint Louis (3/8) : Sous le manteau fleurdelisé du sacre

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | À travers l’exemple du sacre de saint Louis, le médiéviste Patrick Demouy revient sur les origines, le déroulement et la portée symbolique de cette cérémonie à Reims, où le roi devient, par l’onction, l’élu de Dieu et le garant de l’ordre chrétien du royaume. Entretien.

+

sacre de saint louis manteau fleurdelisé