Peut-on parler d’une théologie de Blaise Pascal ?

Publié le 28 Mai 2023
Blaise Pascal

Parce qu’il a compté beaucoup d’amis parmi les tenants de Port-Royal, et qu’il en a même défendu certains avec ténacité, Blaise Pascal est mêlé à la cohorte des disciples de Jansénius. Mais lui-même était-il vraiment janséniste ? En partageait-il toutes les convictions, lui qui jusqu’à sa mort, a toujours protesté de sa fidélité à Rome et au magistère ?   Blaise Pascal, « l’effrayant génie » : on ne sait si de la formule de Chateaubriand ce n’est pas l’effroi qui l’a emporté sur le génie, pour des raisons à la fois de supériorité intellectuelle mais aussi spirituelle, mêlées à un certain soupçon d’hérésie, que vient corroborer la mise à l’Index de ses Provinciales en 1657. Pourtant, Pascal est mort muni des sacrements de l’Église et protestant toujours de sa fidélité au magistère. Trois raisons distinctes peuvent cependant expliquer cet effroi, que les pleurs de joie du Mémorial ont du mal à neutraliser : la description perspicace et par endroits cinglante de la misère de l’homme délivrée dans les Pensées, la théologie de la prédestination – cœur de la religion triste pour un Kolakowski (1) – longuement exposée dans les Écrits sur la grâce, et la spiritualité d’un Christ en croix, développée notamment dans le Mystère de Jésus, autant d’éléments venant accréditer le jugement du père des romantiques, et d’un Pascal tragique on fait un Pascal janséniste. Quels rapports entretint Pascal avec ce courant théologico-culturel, désigné par le terme de jansénisme ? Pascal est d’abord un être de chair et de sang, dont les orientations théologiques et spirituelles sont aussi liées à des circonstances personnelles. Ainsi sa relation à Port-Royal, abbaye cistercienne réformée qui a vu éclore la version française du jansénisme, est-elle indissociable de sa plus jeune sœur, Jacqueline, qui y devient religieuse et dont Pascal était très proche ; son attachement à la spiritualité de l’abbé de Saint-Cyran, figure tutélaire de l’abbaye et grand ami de Jansénius, provient du même creuset familial. De même, son attaque virulente des jésuites laxistes au sein des Provinciales, si elle est motivée par une indignation certaine – il note dans les Pensées : « Si mes Lettres sont condamnées à Rome, ce que j’y condamne est condamné dans le ciel » (S 746) – s’explique aussi par l’amitié qui le liait au Grand Arnauld, dont les Petites Lettres venaient aussi sceller la défense. Un frère, un disciple et un ami donc,…

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Hélène Michon, Maître de conférences à l’université de Tours.

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