Les concentrations ethniques en France

Publié le 15 Juil 2023
france

Saint- Denis

Ancien chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), la démographe Michèle Tribalat a contribué à l’essor d’une méthode rigoureuse et sans cesse affinée de la recherche démographique intégrant nécessairement les flux migratoires. L’étude de ces derniers dans leurs concentrations selon les ethnies – en majorité extra-européennes – sert la connaissance du réel et donc notamment de l’extension de l’Islam en France.   L’appareil statistique français n’est pas bien outillé pour mesurer et suivre les concentrations ethniques en France, c’est-à-dire la concentration, dans certains lieux géographiques, de populations apportées par l’immigration étrangère. L’Insee s’est longtemps contenté de produire des données sur les étrangers (ceux qui déclarent être de nationalité étrangère), alors qu’il aurait fallu examiner le phénomène migratoire par génération : les immigrés – ceux qui sont nés à l’étranger et étaient de nationalité étrangère lors de leur installation en France – et, pour le moins, les personnes nées en France d’au moins un parent immigré. L’Insee a fini par intégrer la catégorie « immigrés » dans ses publications à la fin des années 1990. (1) C’est dans les années 2000 seulement que l’Insee a introduit, dans ses grosses enquêtes (Emploi, Loge­ment, Famille…), les informations néces­saires à la caractérisation de la première génération née en France : le pays et la nationalité de naissance des parents. Malheureusement, malgré un feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en 2007, ces questions ne figurent toujours pas dans les enquêtes annuelles de recensement qui sont venues remplacer, depuis 2004, les recensements exhaustifs et qui portent sur des échantillons suffisamment volumineux pour permettre de descendre à un échelon local fin. (2) Une longue enquête Il y a une quinzaine d’années, Bernard Aubry, alors à la direction régionale de l’Insee-Alsace où il avait construit un fichier harmonisé des données de recensement dénommé SAPHIR, et moi-même avons élaboré un substitut partiel. Dans les enquêtes annuelles de recensement, comme dans les recensements antérieurs, il est possible de rapprocher les bulletins individuels des membres d’une même famille et de connaître ainsi le lieu de naissance des parents des enfants recensés. Comme les mineurs ont toutes les chances d’être encore présents au foyer d’au moins un de leurs parents, nous sommes convenus de travailler sur les enfants d’origine étrangère de moins de 18 ans. Il est alors possible de descendre les échelons géographiques jusqu’au niveau communal, et même jusqu’au niveau de l’IRIS (3) à partir de 2007,…

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Michèle Tribalat, Démographe

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