Euthanasie : ils disent non

Publié le 03 Jan 2014
Euthanasie : ils disent non L'Homme Nouveau

Point de trêve des confiseurs pour les partisans de l’euthanasie. Les sondages avancés par les médias indiquent que les Français sont majoritairement favorables à l’euthanasie et lentement mais sûrement l’idée de la légalisation de l’injection létale fait son chemin dans les mentalités. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), des experts en tout genre et bien des politiques exigent de François Hollande qu’il tienne son engagement de campagne sur la légalisation du suicide assisté et exigent du corps médical qu’ils piquent sans broncher. Mais dans son communiqué du 19 décembre, l’Ordre national des infirmiers (ONI) s’oppose à toute légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté : « Il y a incompatibilité complète de l’assistance à mourir, du suicide assisté, a fortiori de l’euthanasie, avec le rôle de l’infirmier et ses règles professionnelles ». En Belgique, où l’euthanasie est légale, ce sont en effet souvent les infirmiers qui sont chargés d’administrer la piqûre… Un corps de métier donc largement concerné par la question.

L’Ordre des infirmiers n’a pas seulement signifié son opposition à l’euthanasie, il réclame également le droit à l’objection de conscience. Une demande prudente, car nul ne se fait d’illusion sur la loi sur la fin de vie qui passera certainement. Une demande très importante surtout sur le plan politique et moral puisqu’elle indique toute la gravité de l’euthanasie et rappelle la prévalence de principes immuables sur les lois positives. Il n’est pas question ici de religion ou de milieu social, c’est un corps de métier confronté tous les jours à la douleur qui fait valoir le caractère absolu de l’interdit de tuer. La déclaration de l’Ordre des infirmiers n’en est pas pour autant dénuée de bon sens, aussi rappelle-t-elle qu’il n’est pas opposé à la sédation terminale pourvu qu’elle soit demandée par le patient et administrée dans le but exclusif de soulager la douleur, jamais pour tuer. Il ne s’agit donc pas de nier l’immense souffrance des malades, ni de penser que la douleur est une fatalité comme le prétendent les partisans de l’euthanasie. Plus encore, l’Ordre demande que la prise en charge de la douleur fasse partie des grandes causes nationales. Une société capable d’envoyer des hommes sur la lune, de fabriquer des intelligences artificielles qui défient l’entendement aurait-elle atteint ses limites en terme de médecine au point qu’elle n’ait comme seul recours le meurtre ?

Que comprendre des injonctions paradoxales de penseurs et dirigeants qui affirment à la fois la nécessité de développer les soins palliatifs et voudraient que l’on puisse apaiser la douleur – morale ou physique – en donnant la mort ? Et comment pourrions-nous croire ceux qui prétendent que l’euthanasie ne serait pratiquée que sur des personnes consentantes alors que bien des patients en fin de vie ne sont justement pas en état de communiquer avec le monde extérieur ?

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité avait lancé en 2012 une campagne publicitaire qui montrait plusieurs personnalités politiques, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Marine Le Pen, couchées dans un lit d’hôpital et manifestement à l’article de la mort avec le slogan suivant : « Doit-on vous mettre dans une telle position pour faire évoluer la vôtre sur l’euthanasie ? ». Choquant, cruel même, mais efficace. Et pourtant, même pour les têtes pensantes de cette campagne, nous ne voudrions pas de l’euthanasie. Parce que l’on ne possède pas sa vie comme on possède sa maison et que la dignité et la liberté propres à l’homme ne peuvent se penser ni s’exercer en dehors du lien social. L’homme n’est pas une monade et le suicide assisté ou l’euthanasie ne sont pas des actes de liberté, ils sont avant tout de véritables drames humains. Mais si la France venait à faire évoluer les lois sur la fin de vie, il faudra sans doute attendre, comme pour l’avortement, une trentaine d’années pour que quelques dirigeants avouent timidement les dégâts psychologiques d’un tel geste. Mais il sera trop tard.

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