Pourquoi le génie français devrait-il être cartésien ?

Publié le 03 Jan 2024
cartésien
Calqué sur le modèle des mathématiques, l’esprit cartésien est souvent confondu avec la logique. Mais il est en fait réducteur de la réalité, la pensée en système clos appliquant une méthode unique en défiance des sens. Une arrogance de l’intellect que l’on retrouve dans la pensée technocratique.

  Beaucoup de nos contemporains se font une gloire de posséder un esprit cartésien. Certains donnent même « logicien » comme synonyme de « cartésien ». Des parents s’entendant dire que leur enfant a l’esprit cartésien reçoivent cela comme un compliment. Aux dires de Hegel, Descartes n’est-il pas ce « héros… le véritable promoteur de la philosophie moderne », et pour Péguy ce « cavalier français qui partit d’un si bon pas » ?  

Des dégâts sans fin

Mais les opinions ne sont pas unanimes : « Lorsque l’on s’entend accuser d’esprit cartésien, cela signifie qu’un esprit plus vague et plus inspiré pourrait obtenir davantage de résultats ou approcher plus près du réel. » (1) Et Jacques Maritain n’a-t-il pas écrit : « Descartes tient sous son influence quelques siècles d’histoire humaine et des dégâts dont nous ne voyons pas la fin » ? Alors, l’esprit français aurait-il raison d’être cartésien ? Si les qualités reconnues à cet esprit sont d’être méthodique, rationnel, logique, voyons ce qu’elles signifient pour notre philosophe. Un cartésien, s’il veut être méthodique, se doit d’appliquer la « mathématique universelle » qui étend à tous les domaines du savoir la méthode des mathématiques. Descartes nous dit : « Ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet dont ils ne puissent avoir une certitude égale à celle des démonstrations de l’arithmétique et de la géométrie. » (2) Mathématicien génial et fécond, Descartes a vu dans cette science « un objet assez pur et simple pour n’admettre absolument rien que l’expérience ait rendu incertain ». La méthode de la science est donc unique, quels que soient les objets auxquels elle s’applique, car il n’y a rien dans la nature qui ne soit d’ordre quantitatif.  De ce fait l’esprit cartésien est rationnel, mais au sens d’un postulat, celui du rationalisme, c’est-à-dire que la raison seule est garante de la vérité. On ne doit donc rien fonder sur l’expérience et spécialement sur l’expérience sensible. De ce que les sens nous trompent parfois, pense Descartes, on ne peut se fier à leur témoignage. La certitude ne peut venir que des seules lumières de la raison.   

Sur le modèle de la géométrie

La logique de cette méthode va…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Bruno Couillaud

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Le masculinisme (1/4) : Mythe ou réalité ?

DOSSIER « Le masculin au risque de la postmodernité » | Opinion ou idéologie, simple mythe ou dangereuse réalité, le masculinisme agite désormais la classe socio-politique et certains dénoncent « une idéologie structurée, organisée, offensive ». Mais il s'agit d'une nébuleuse bien plus complexe, où l'on peut apercevoir les racines du mal.

+

masculinisme
À la uneÉgliseSociété

Exorcismes : il est urgent d’informer les évêques et les séminaristes

Entretien | Le 13 mars dernier, le pape Léon XIV a reçu en audience privée les responsables de l’Association internationale des exorcistes (AIE). L’abbé Henri Forestier, exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon, évoque leurs recommandations et leurs préoccupations, dans un monde en proie à un foisonnement de l’occultisme, mais aussi de scandales liés à des pratiques d’exorcisme malvenues voire nocives.

+

Exorcisme
ChroniquesCulture

Le chrétien et l’antisémitisme

Carte blanche à Yves Chiron | Olivier Delacrétaz, ancien président de la Ligue vaudoise et éditorialiste principal de La Nation, publie, aux Cahiers de la Renaissance vaudoise, un petit essai sur l'antisémitisme qui est à la fois sensé et pertinent. Il prévient d'emblée que son point de vue est « celui d'un chrétien ».

+

antisémitisme chrétiens juif
SociétéHistoire

La violence, moyen politique ?

L’Essentiel de Joël Hautebert | Le décès du jeune Quentin, le 14 février dernier, a rappelé que la violence peut se développer dans la sphère politique. La Jeune Garde, héritière des mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes, prône les mêmes méthodes d'action, s'appuyant sur la force physique. Pour certains, les coups sont le seul moyen d'avoir le sentiment d'agir de manière visible.

+

jeune garde violence politique