Élevons nos cœurs vers le ciel

Publié le 27 Mai 2016
Élevons nos cœurs vers le ciel L'Homme Nouveau

À l’Ascension, Jésus fut caché par une nuée aux yeux des disciples (cf. Ac 1, 9), ce qui fait penser à la nuée de la Transfiguration, et surtout à celle qui couvrit de son ombre Marie au moment de l’Incarnation, comme aussi à l’Ancienne Alliance, ponctuée d’allusions à la nuée divine protégeant et guidant le peuple choisi (cf. Mt 17, 5 ; Lc 1, 35 ; Ex 13, 21s & 40, 34 s). Cette nuée donne au Pape émérite de situer la nuée biblique en lien avec le salut. Ce « discours sur la nuée est clairement un discours théologique, écrit-il (Ratzinger Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. III, p. 319). Il présente la disparition de Jésus non comme un voyage vers les étoiles, mais comme l’entrée dans le mystère de Dieu : il est fait allusion à un ordre complètement différent, à une autre dimension de l’être ».

Par la foi et les sacrements, l’Église garde le contact avec Jésus, demeurant avec lui : la sainte liturgie fait accéder les fidèles à l’intimité merveilleuse de la vie spirituelle. Leur foi s’y épanouit par l’exercice de l’espérance. À chaque messe tout spécialement, avant de s’enfoncer dans la solennité recueillie de la Prière eucharistique, le célébrant dialogue avec les fidèles et chante : « Sursum corda, élevons notre cœur ». Saint Augustin y voit une invitation « à vivre saintement, avec fidélité, dévotion et piété ; alors nous nous élèverons avec le Seigneur et nous aurons le cœur élevé ». À l’inverse, « le cœur qui ne s’élève pas vers Dieu, cela s’appelle de l’orgueil ; mais le cœur qui s’élève vers Dieu, c’est la sécurité de l’espérance » (Sermo 177/2). À l’invitation du prêtre, « Sursum corda », les fidèles répondent donc avec justesse : « Habemus ad Dominum, nous le tournons vers le Seigneur », se tournant tout entier vers Lui. Et au moment de l’élévation, l’assemblée atteint le cœur du mystère de ce jour, « habitant en esprit dans les régions célestes », comme prie l’Église à l’Ascension, ce qui rejoint la formule de saint Vincent Ferrier affirmant de la messe qu’« elle est l’acte le plus élevé de la contemplation ».

L’épître aux Hébreux associe la « plénitude de la foi » avec « l’indéfectible profession de l’espérance » (Heb 10, 22s). De son côté, saint Pierre nous enjoint de savoir « donner raison de notre espérance » (1 P 3, 15), expression qui relie la rationalité de la foi et l’espérance. Benoît XVI dans l’encyclique Spe salvi voit en ce jumelage un réflexe caractéristique des premiers chrétiens : en recevant comme un don cette « espérance crédible », ils manifestaient leur différence face aux païens et à la vie sans but ni joie qui avait été la leur avant leur conversion au Christ. En effet, des dieux païens, ceux d’hier comme de ceux d’aujourd’hui, « n’émane aucune espérance », précise Benoît XVI. Ils laissent l’homme seul, dans un monde obscur et sans avenir, sans foi ni espérance : « Du néant au néant, combien vite nous retombons », c’est le cri désespéré d’une épitaphe antique (cf. Spe salvi, n. 2). Avec son art des formules-chocs, le Pape François parle d’« autisme » provoqué par les « technologies de la communication et du divertissement, toujours plus sophistiquées » (Exhortation Amoris laetitia, n. 278). Les personnalités fragilisées, « déconnectées du monde réel », se trouvent par là « exposés plus facilement à la manipulation de ceux qui cherchent à entrer dans leur intimité pour des intérêts égoïstes » (idem). À l’idolâtrie antique succède d’autres qui sévissent plus que jamais, pour nous arracher du cœur la foi et l’espérance, et empêcher la charité divine de nous envahir par le Saint Esprit qui nous a été promis (cf. Rm 5, 5). Le cœur élevé vers Dieu y échappe en louant et adorant Dieu, capable dès lors de relation véritable au prochain, dans la vérité et la charité.

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