À propos des quinze maladies de la Curie romaine: Le commérage médiatique

Publié le 23 Jan 2015
À propos des quinze maladies de la Curie romaine: Le commérage médiatique L'Homme Nouveau

Dans La Croix des 3-4 janvier 2015 Bruno Frappart décrit longuement et avec fiel une visite déjà ancienne à la Curie puis, évoquant le « catalogue » des quinze maux qui selon le Pape François menacent la Curie romaine, étend généreusement cette liste à tout le monde. C’est oublier que le Pape s’est adressé intentionnellement à la Curie avec une virulence étonnante et peu compréhensible, dans le discours du 22 décembre 2014.

Il fallait s’y attendre, et, de nouveau « ils » ne nous ont pas déçus. « Ils », ce sont certains journalistes catholiques, qui se croient tout permis. On pouvait s’attendre à ce que le fameux discours des « quinze maladies de la Curie » du Pape François fût l’occasion d’articles où le fiel se mêlerait à « l’arrogance hautaine et au mépris » à l’égard de cette vénérable institution, qui, il faut l’avouer, en a vu d’autres, bien plus graves, au cours de sa longue histoire. Or, dans sa chronique intitulée « humeur (bien nommée) des jours », Bruno Frappat (La Croix, 3-4 janvier 2015, p. 28) s’est en quelque sorte surpassé, emporté par un élan… « vengeur ». Mais citons cette phrase « formidable » (allusion au discours « formidable » du Pape) pour ne pas être accusé de tronquer la vérité, voire de faux et usage de faux (on ne sait jamais…) :

« Le Pape, par son discours formidable, nous avait sinon vengé (sentiment peu chrétien…), du moins avait-il fait passer sur le sombre souvenir une lumière très pure et joyeuse ».

Oui, si, comme l’affirme le dicton bien connu : « la vengeance est un plat qui se mange froid », notre « bon » journaliste a dû ruminer la sienne depuis bien longtemps, et nous en sommes désolés. Prions pour qu’à la place de ce venin, qu’il a généreusement partagé avec ses lecteurs (mais, n’a-t-il pas tous les droits ?), il retrouve la paix du cœur, fruit du pardon, ainsi d’ailleurs que les collègues de ce « bon » journal (gentille allusion à la ci-devant « Bonne Presse »). Toutefois, Bruno Frappat est tellement convaincu d’avoir raison (n’est-il pas journaliste, c’est-à-dire l’équivalent moderne des anciens Docteurs en Sorbonne, devant qui tous étaient priés de s’incliner ?) qu’il est inutile de pousser plus avant l’analyse de cet article.

Les poncifs habituels

D’ailleurs, qu’y trouve-t-on, sinon tous les poncifs dont certains affublent la Curie romaine et les milieux dits « traditionalistes » depuis des décennies ? Ah, comme elle était méchante, cette « autorité ecclésiastique de haut niveau » (cf. article) méprisante et machiste, jusqu’à la caricature, dont on ignore encore l’identité (et pour cause…), enfermée dans ses certitudes surannées et ridicules, et recevant ses hôtes dans le cadre kafkaïen des « bureaux romains » (cf. article, etc ! Nul doute que, même « recasé dans un poste moins central » (merci pour ce renseignement et cette appréciation… objective), le haut prélat en question est « très conservateur », donc peu ou pas « ouvert » (à quoi ?), selon l’étiquette aimable dont certains journaux et périodiques affublent quelques cardinaux et évêques, ce qui équivaut, sinon au peloton d’exécution médiatique (solution on ne peut plus définitive, car cette image de marque implacable les suivra toute leur vie quoiqu’ils disent ou fassent…), ou, du moins – et c’est un trait d’humour – à avoir contracté une seizième maladie (« le conservatisme ») dont on a peu de chance de se relever, du moins dans certains médias qui forgent lentement, jour après jour, et patiemment, l’opinion publique…

Gageons que Bruno Frappat qualifiera cette brève réponse de « calomnie sirupeuse » (cf. article), et donc humiliante à souhait pour un journaliste qui, nous l’avons compris depuis longtemps, est, par nature, dépourvu de tout préjugé (!), ce qui lui donne le droit d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui… et d’adopter une posture de victime outragée s’il se trouve, sur son chemin, un malheureux détracteur, même modeste et respectueux à son égard.

Savoir se taire

Que l’on me permette cette ultime réflexion au sujet de l’humiliation éprouvée par Bruno Frappat : il existe au moins une différence entre un journaliste et un « curialiste » (et plus généralement un membre de l’Église-institution, selon l’expression consacrée : membres du clergé, religieux et religieuses, responsables d’associations catholiques…) : le journaliste humilié (ou du moins certains d’entre eux…) estime avoir le « droit » (en a-t-il le devoir ?) de tremper sa plume dans le fiel d’un article « vengeur ». De son côté, le « curialiste » humilié préfère se taire pour le bien de l’Église et du Pape, qu’il s’efforce de servir de son mieux, et, tout en pardonnant sincèrement à l’imitation de son Seigneur et Maître, il offre ces petits inconvénients pour le salut de son âme pécheresse et aussi, comme l’a recommandé Notre-Dame à Fatima, pour le salut des pécheurs (dont les journalistes font quand même partie eux aussi…).

Alors, comme ne cesse de le répéter le Pape François, cessons tous ces commérages, accueillons-nous mutuellement, pardonnons-nous si nous avons subi quelque offense, et, surtout, « marchons », oui marchons, et « ramons », oui ramons, même contre les vents contraires de l’esprit du monde marqué par une certaine « dictature du relativisme » (expression bien connue de Benoît XVI), et, comme le disait saint Jean-Paul II, « avançons au large » – duc in altum ! N’est-ce pas M. Frappat ?

A propos de l’auteur : 

Emmanuel Postent vit à Bologne (Italie). Engagé dans la pastorale de la santé et dans celle du tourisme, il suit de près l’actualité du Saint-Siège. 

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