Affaire Vincent Lambert, le bras de fer entre la France et l’Europe

Publié le 05 Sep 2014
Affaire Vincent Lambert, le bras de fer entre la France et l’Europe L'Homme Nouveau

Quand prendra fin l’affaire Vincent Lambert ? Nul ne le sait car les procédures sont longues, mais une étape de plus a été franchie ce 2 septembre. La France vient de rendre ses observations pour l’affaire « Pierre Lambert et autres contre France », déposée devant la Cour européenne des Droits de l’homme (CEDH) par les parents, un demi-frère et une sœur de Vincent Lambert, le 23 juin dernier.

La justice française hors-la-loi ?

Ces derniers avaient déposé cette requête suite à la décision du Conseil d’État validant l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation de Vincent Lambert, signant ainsi son arrêt de mort. Le Conseil d’État étant la plus haute instance juridique française, ils s’étaient alors tournés vers la CEDH et avaient porté plainte contre la justice française au motif que la décision du Conseil d’État irait contre plusieurs principes pourtant garantis par la Convention européenne des Droits de l’homme :

– le droit à la vie (article 2),

– l’interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants (art. 3),

– le droit au respect de la vie privée et familiale (art. 8).

La justice française a rendu son rapport le 2 septembre. Le texte n’a pas été rendu public mais la Fondation Lejeune s’en est procuré un exemplaire et propose une analyse très claire et synthétique des conclusions, à lire ici.

Suite à ce rapport, la CEDH a adressé six questions aux parties en présence :

– Les requérants ont-ils qualité pour saisir la Cour, en leur propre nom et au nom de Vincent Lambert ?

– La décision du Conseil d’État porte-t-elle atteinte au droit à la vie ?

– Le processus décisionnel déployé autour de Vincent Lambert porte-t-il atteinte au droit à la vie ?

– L’arrêt de l’hydratation et de la nutrition constituent-ils une torture ou un traitement dégradant ?

– L’hydratation et de la nutrition sont-ils des soins ou des traitements ?

– La décision d’arrêt de l’hydratation et de la nutrition porte-t-elle atteinte au droit à la vie privée ?

Redéfinir la mort ?

Lorsque les deux parties en présence auront rendu leurs réponses, la CEDH pourra statuer à la fois sur la recevabilité et sur le fond de la requête. Le cas Vincent Lambert met donc la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie à l’épreuve de la justice européenne. Validera-t-elle les acrobaties sémantiques de la justice française lorsqu’elle évoque l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation en disant qu’il ne s’agit pas « d’une décision visant à provoquer la mort, mais (…) de l’attitude à adopter à l’égard de la vie d’un patient » ? En somme, en France, laisser mourir de faim et de soif n’est pas tuer. Qu’en pense-t-on à Bruxelles ?

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

À propos d’une rumeur…

L’Essentiel de Joël Hautebert | La rumeur de la création d'un Haut-Commissariat à la diversité a soulevé des réactions hostiles mais aussi démontré la volonté toujours affirmée de dissoudre la France. Heureusement, une conception française de la diversité est possible et s'enracine dans notre histoire, notre géographie et notre culture.

+

multiculturalisme rumeur
Société

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
SociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique
SociétéFin de vie

Euthanasie : les Ehpad catholiques en danger

Alors que la Sénat a rejeté le 21 janvier dernier le principe de la mort volontaire et a voté le 28 janvier la loi sur les soins palliatifs, la menace n'est pas écartée. Si l'Assemblée nationale revient sur son texte initial de mai 2025, la situation sera invivable pour les établissements refusant de pratiquer l’euthanasie. Le combat n'est pas fini pour le respect du droit à la vie.

+

euthanasie