Arménie (5/5) : Culture arménienne, une fécondité constante

Publié le 05 Sep 2023
Arménie culture

Devant la cathédrale de Saint-Grégoire l'Illuminateur d'Erevan ouverte en 2001, un skatepark : exemple du grand écart entre les deux Arménie. © Charles Noël

Ayant traversé toutes les épreuves possibles, l’Arménie va-t-elle succomber au choc de la modernité ? L’occidentalisation, présentée comme le remède aux ravages du communisme, tuera-t-elle la culture et la foi qui ont survécu aux guerres des empires et au marxisme ? Une question cruciale au moment où la nation fait face une fois de plus à un voisin agressif, adversaire déterminé de son identité. 

  Dimanche matin, au sortir de la messe au monastère millénaire de Tatev – dont la vie spirituelle renaît après un bref et unique arrêt causé par la Russie communiste – nous retrouvons Michael, chirurgien venu de Goris, ville enclavée, la plus proche de la frontière azéri et de la région perdue et dispersée d’Artsakh. Après avoir évoqué des souvenirs et la situation de l’Arménie, une question affleure : « Mais comment se fait-il que l’Arménie subsiste encore après tant d’épreuves ? » « C’est une question qui est sur toutes les lèvres, me répond Michael gravement, comme pour confirmer la convenance de la question, nous-mêmes, Arméniens, nous nous la posons entre nous. C’est incompréhensible, certainement est-ce grâce à Dieu, je crois qu’il faut être Arménien pour comprendre ! » 

Une terre de montagnes

Au-delà de cette réponse, l’histoire de l’Arménie, même contemporaine, nous montre son retournement. Du royaume de Tigrane aux trois mers, à un pays aux restes soviétiques, réduit à portion congrue, vaguement placé sur le globe, l’Arménie vit toujours après avoir été si souvent dépecée et si peu souveraine. Quelles causes soutiennent l’Arménie dans sa perpétuation ?  Tantôt sous domination de Byzance et de Rome, tantôt sous celle de l’Empire perse et ottoman, des Mongols et de l’URSS, et à présent encore sous la tutelle de l’administration russe, les Arméniens fondent des familles et demeurent encore, voire reviennent au pays, malgré une tendance à l’émigration. Si d’aucuns pensent que le sort de l’Arménie est déjà scellé entre les puissances politiques qui bordent ses frontières et le régime intérieur, afin de tirer pour soi ses derniers trésors, elle est d’abord à considérer sous l’angle de sa réalité géographique.  C’est en retournant au pays réel qu’apparaît ce qui dispose les hommes qui vivent sur de telles terres. Deux choses importent donc ici, à savoir que l’Arménie est une terre de montagnes et de vallées séparées, qu’elle est donc un certain corridor sur la route de la Soie. L’intérêt majeur de ce territoire est le contrôle des montagnes aux…

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Quentin Demangeot

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