Au quotidien n° 144 : autopsie du mouvement perpétuel

Publié le 08 Fév 2021
Au quotidien n° 144 : autopsie du mouvement perpétuel L'Homme Nouveau

Dans le dernier numéro de La Nation (29 janvier), Olivier Delacrétaz livre une excellente analyse du totalitarisme qui n’est évidemment pas sans rapport avec notre actualité…

Tous les systèmes totalitaires reposent sur une idéologie. Cette idéologie, immobile dans sa perfection, engendre un mouvement qui emporte tout ce qui existe. Comme un trou noir, elle meut la réalité en l’aspirant. Dans son perspicace ouvrage « Le système totalitaire »1, Hannah Arendt évoque l’obsession totalitaire du mouvement perpétuel. Ce mouvement est promis à durer jusqu’à l’avènement de la société sans classe, de l’empire de mille ans ou d’une quelconque autre société idéale.

Ça ne marche jamais. Mais, comme (majeure) l’idéologie ne peut pas se tromper et que (mineure) la perfection n’est pas atteinte, c’est que (conclusion) on n’est pas encore allé assez loin. Il faut repartir, plus radicalement, en commençant par dénoncer et condamner les responsables du retard au cours d’un procès spectaculaire. C’est encore du mouvement. En d’autres termes, le ratage de chaque étape impose l’étape suivante. Le totalitarisme marche ainsi triomphalement d’un échec à l’autre.

Son imperfection même le meut, appelant et justifiant sans cesse de nouveaux renforcements du pouvoir, de nouveaux contrôles, de nouvelles mises au pas, de nouvelles épurations, de nouvelles conquêtes militaires.

Mais il faut aussi maintenir l’enthousiasme des troupes : l’étape qui s’annonce est toujours donnée comme finale. Nous sommes continuellement à bout touchant, sur la dernière ligne droite. Un dernier effort, un dernier changement, et c’est le présent qui sera radieux.

Il est vrai encore que si le mouvement devait s’arrêter, si l’on commençait à juger les choses telles qu’elles sont, si l’on se mettait à examiner le présent pour lui-même plutôt que comme antichambre du paradis, alors, la monstruosité de l’idéologie apparaîtrait immédiatement : sa haine de la réalité concrète, des proportions, des liens personnels, des libertés individuelles, de la paix sociale, sa haine de l’art, de la poésie et de la pensée, sa haine de la contemplation. Le totalitarisme est condamné à la fuite en avant. S’il s’arrête, il meurt.

Le mouvement général présente encore cet avantage pour le politicien qu’il le débarrasse du poids et des soucis d’un passé plein de bruit et de fureur.

Le mouvement totalitaire ne s’intéresse qu’à l’après, ou alors à un monde mythique qui précède l’histoire. L’expérience ne concerne qu’un passé révolu, elle ne sert donc à rien. C’est l’affirmation implicite des régimes totalitaires : l’histoire commence aujourd’hui.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Exclure les enfants, c’est exclure l’avenir ! 

Entretien | Présidente de la Confédération des Associations familiales catholiques, Pascale Morinière, médecin et mère de famille, réagit au choix de la SNCF de mettre en place des wagons sans enfants et analyse sa signification pour la société française  pourtant confrontée à un effondrement démographique.

+

enfants sncf
À la uneSociété

À propos d’une rumeur…

L’Essentiel de Joël Hautebert | La rumeur de la création d'un Haut-Commissariat à la diversité a soulevé des réactions hostiles mais aussi démontré la volonté toujours affirmée de dissoudre la France. Heureusement, une conception française de la diversité est possible et s'enracine dans notre histoire, notre géographie et notre culture.

+

multiculturalisme rumeur
Société

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
SociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique
SociétéFin de vie

Euthanasie : les Ehpad catholiques en danger

Alors que la Sénat a rejeté le 21 janvier dernier le principe de la mort volontaire et a voté le 28 janvier la loi sur les soins palliatifs, la menace n'est pas écartée. Si l'Assemblée nationale revient sur son texte initial de mai 2025, la situation sera invivable pour les établissements refusant de pratiquer l’euthanasie. Le combat n'est pas fini pour le respect du droit à la vie.

+

euthanasie