Au quotidien n° 62

Publié le 10 Juin 2020
Au quotidien n° 62 L'Homme Nouveau

L’Europe, combien de divisions ? La zizanie l’habite et la dépolitise estime Le Monde diplomatique (juin) :

Normalement les « sages », c’est sage. Or voilà qu’ils se volent dans les plumes. L’empoignade entre la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et la Cour constitutionnelle allemande à propos d’un programme de rachat d’actifs de la Banque centrale européenne (BCE) a laissé tout le monde interloqué. Il faut dire que le Public Sector Purchase Programme (« programme d’achat dans le secteur public », PSPP), par lequel, depuis 2015, la BCE rachète des titres publics de la zone euro, n’avait pas de quoi a priori faire le décor d’une rixe à coups de toges et d’hermines. En fait, il y a de quoi. Même quand il s’agit des opérations les plus obscures de la politique monétaire, dans une Europe sous hégémonie allemande. On pourrait d’ailleurs y voir ce pouvoir exceptionnel de concentration que revêtent certains détails dans les périodes de grande crise, la controverse sur la minuscule partie ayant la propriété de déployer les tares de l’ensemble. À commencer par cette grotesque pantomime des « sages », dont le néolibéralisme a fait l’un de ses opérateurs de dépolitisation, et de dé-démocratisation, les plus communément employés. (…) Mais tout vole en éclats quand les « sages » commencent à se crêper la perruque. Car normalement la sagesse est une. Or s’il y a empoignade, c’est qu’il y a conflit de sagesses. Donc qu’il y en a au moins deux. Et c’est le retour, par la fenêtre, de la politique qu’on croyait avoir chassée par la porte.

Dis moi quel est ton discours, je te dirai ta politique. Dans La Revue des deux-mondes (juin), Eryck de Rubercy revient sur les discours du Président de la République française et de la chancelière allemande à propos de la pandémie :

La pandémie actuelle et les mesures contraignantes imposées globalement aux populations ont poussé les chefs d’État à s’adresser à leurs concitoyens. Si la stratégie adoptée pour la gestion de la crise du coronavirus a été différente en France et en Allemagne, la communication des deux alliés européens l’a été non moins, en étant même diamétralement opposée. Pour sa première grande intervention télévisée, suivie le 16 mars par 35 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron, parlant de « mobilisation générale », répéta six fois en quelques minutes que nous étions « en guerre ». Deux jours plus tard, Angela Merkel, dans un discours prononcé à la télévision, déclarait qu’avec la pandémie de la Covid-19, son pays n’avait rien connu de tel, comme « défi », qui dépendit autant de la solidarité commune, depuis non pas la Réunification allemande mais depuis la Seconde Guerre mondiale. (…) C’est que les deux pays voisins n’ont pas eu la même approche de la crise, notamment sur le dépistage prôné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au point que le nombre de tests pratiqués en Allemagne, dans le dessein d’isoler les malades, a été l’un des plus élevés au monde. Et puis, pas question d’imposer aux citoyens allemands une limitation des déplacements ou un quelconque couvre-feu : tout au plus des restrictions mises en place le 22 mars avec une interdiction des contacts (Kontaktverbot), mais pas de confinement radical et autoritaire (Ausgansperre). Importante nuance pour Angela Merkel qui, ayant connu les privations de liberté en ex-RDA, était réticente à prendre des mesures à l’encontre des libertés individuelles. (…) Néanmoins une chose est sûre, l’Allemagne s’en est mieux sorti que la France dans la lutte contre la Covid-19, faisant même figure d’exception. Cela étant, c’est à une autre guerre que l’on pourrait bien assister : celle des plans de relance économique et financière afin de soutenir les États membres de l’Union européenne (UE) affaiblis par la crise. Une guerre commencée par la proposition commune en matière budgétaire d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron qui n’a cette fois rien à voir avec leur appréhension différente de l’épidémie, laquelle aura finalement révélé un abîme entre les deux pays voisins.

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°61

Au quotidien n°60

Au qutodien n°59

Au quotidien n°58

Au quotidien n°57

Au quotidien n°56

Au quotidien n°55

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

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