Au quotidien n°226 : on leur apprendra à écrire…

Publié le 11 Juin 2021
Au quotidien n°226 : on leur apprendra à écrire… L'Homme Nouveau

Le mouvement révolutionnaire ne s’arrête jamais. Après avoir tout détruit, il reconstruit sur les bases de l’idéologie, formatant un être humain qui doit se plier par le biais du consensus aux nouvelles normes. Dans l’attirail de ce constructivisme social, l’écriture inclusive est appelée à jouer un rôle comme le montre cet article de L’Express (10 juin 2021). Il s’agit de nous apprendre une nouvelle écriture pour orienter nos pensées et nos comportements.

Jusqu’ici, les passes d’armes entre les défenseurs et les pourfendeurs de l’écriture inclusive concernaient essentiellement le monde universitaire, régulièrement agité par de violents conflits idéologiques. Ces derniers mois, la bataille s’est étendue aux collectivités territoriales et aux institutions publiques. En juillet 2020, juste après les municipales, Grégory Doucet, le nouveau maire (EELV) de Lyon (Rhône), impose l’écriture « non sexiste ». Bien d’autres organisations, à commencer par la ville de Paris, l’ont aussi adoptée. Une dérive, s’inquiète François Jolivet, député (LREM) de l’Indre : « Le problème est que cette forme de graphie pose des difficultés supplémentaires aux personnes “dys” – dyslexiques, dyspraxiques, dysphasiques… Nos concitoyens malvoyants ou aveugles sont également inquiets car les logiciels de traduction qu’ils utilisent traditionnellement sont inopérants dans ce cas-là. » Le 23 février dernier, l’élu a déposé une proposition de loi visant à interdire « l’usage de l’écriture inclusive pour les personnes morales en charge d’une mission de service public ». Le général de Gaulle, premier homme politique à intégrer la fameuse formule inclusive « Françaises, Français » dans ses discours, fait figure de précurseur. Tout le monde lui a, depuis, emboîté le pas. De même que la féminisation des noms et des fonctions ne choque plus vraiment. « Cette bagarre-là a été menée et gagnée », confirme Eliane Viennot, qui se présente comme « professeuse » émérite de littérature française à l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne (Loire). Non, aujourd’hui, le principal objet du scandale s’appelle le « point médian ». Il s’agit d’un point placé à l’intérieur d’un mot afin de séparer les suffixes masculin et féminin. Son utilisation a tendance à cristalliser les critiques, bien plus que la féminisation des fonctions, en ce qu’il ne serait pas lisible par tous. Enfin, par « tou. te. s », écriraient certains adeptes du langage inclusif. (…)

Et pourtant, de plus en plus d’institutions s’y convertissent. En juin 2019, l’agence de communication éditoriale Mots-Clés a publié un manuel d’écriture inclusive destiné à tous les novices. « Nous organisons également des formations auxquelles participent aussi bien des salariés d’entreprises privées que des personnels de l’administration publique », explique son directeur, Raphaël Haddad. Sur son site Internet, l’agence cite certains de ses clients, comme la société de logement social 3F, le Conseil économique, social et environnemental, l’Ecole de guerre, la région Ile-de-France, le Grand Lyon… (…)

De son côté, Patrice Reboul y voit un gadget : « Pendant ce temps, on ne s’attaque pas aux vrais combats comme celui de l’équité salariale ! » Le député François Jolivet considère lui aussi que l’écriture inclusive fait office de « paravent », là où on rechigne à moderniser les pratiques qui comptent : « Comme dans le privé, les administrations sont aujourd’hui obligées de rendre des rapports relatant leurs actions en faveur de l’égalité hommes/femmes. Or il est plus facile d’agir sur la graphie que sur les salaires, le respect de la parité dans les conseils d’administration ou encore l’équilibre en termes de promotions. » Après le « green washing », place donc au « women washing » ? Un faux procès, d’après Anne Patault, vice-présidente du conseil régional de Bretagne qui, en 2018, a piloté la mise en place d’un « Guide pour une communication publique pour toutes et tous » recensant les « bonnes pratiques ». « Nommer les choses, c’est les faire exister, voilà pourquoi la question du langage est si importante », précise cette élue chargée de l’égalité. Frédérique Pondemer, la « cheffe » du pôle égalité des droits et innovation sociale de la région, reconnaît que les nouvelles habitudes ont parfois pu dérouter en interne. Mais à l’entendre, on s’y ferait vite : « Une collègue, par exemple, trouvait que le mot “cheffe” ne faisait pas très beau sur sa carte de visite. Avec le temps, elle est beaucoup plus à l’aise. »

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