Au quotidien n°266 : rien n’est plus fort que les lois de la République

Publié le 11 Oct 2021
Au quotidien n°266 : rien n’est plus fort que les lois de la République L'Homme Nouveau

Vraiment ? Cette affirmation du porte-parole du gouvernement et de toute une partie du petit monde médiatico-politique en réponse à la défense du secret lié au sacrement de pénitence par Mgr de Moulins-Beaufort a conduit le Figaro (9 octobre 2021) à intérroger le philosophe Rémi Brague à ce sujet.

Que vous inspire cette polémique ?

Rémi BRAGUE. – Elle m’inspire avant tout de la tristesse devant l’ignorance de certaines données de base du sacrement de la réconciliation, qu’on appelait naguère « pénitence » et jadis « confession ». Que le prêtre a le devoir de demander à son pénitent non seulement, pour le futur, de renoncer à ce qu’il fait de mal, mais, pour le passé, de réparer dans la mesure du possible le préjudice commis. Il y a cent façons de le faire : rendre ce qui a été volé, demander pardon, dédommager, etc. Et enfin, se réconcilier avec Dieu entraîne l’exigence de se réconcilier avec la société. C’est pourquoi le confesseur doit demander à son pénitent de se dénoncer aux autorités et, s’il s’agit d’un délit, à plus forte raison d’un crime, et dans le cas concret qui nous préoccupe depuis la publication du rapport Sauvé, un crime abominable, d’accepter d’être jugé, éventuellement conda­mné et de purger sa peine.

(…)

 Rien n’est plus fort que les lois de la République » a répliqué le porte-parole du gouvernement. Cette hiérarchie entre « lois de la République » et « lois religieuses » est-elle pertinente ?

Il est déplorable que l’on ait utilisé l’adjectif « fort » pour qualifier le fait qu’une loi l’emporte sur une autre. J’aurais préféré d’autres adjectifs, « juste », par exemple ou, tout bêtement « bon ». Mais cet emploi révèle une conception du droit qui ne se soucie plus du bien commun, mais fait reposer la législation sur les rapports de force à un moment donné. Feu le sénateur Jean-Pierre Michel, lors d’une séance mémorable au Sénat le 14 février 2013, avait déjà vendu la mèche sur ce point.

Par ailleurs, est-il vraiment sûr que rien, rien du tout, ne soit supérieur aux lois de la République ? Nous avons la chance de vivre — je ne sais pas si cela durera, mais, bon… — dans une société politique assez soft, assez « patte de velours », qui ne montre ses griffes que rarement. Dans certains cas, on peut même regretter qu’elle ne les sorte pas ou se contente de rodomontades ! En tout cas, que deviendrait cette hiérarchie sous un régime totalitaire ? Que dis-je, quels effets a-t-elle déjà produits ? C’est au nom de sa conscience que Franz Jägerstätter a refusé de porter les armes sous Hitler et a été exécuté, comme le raconte le film magnifique de Terrence Malick, Une vie cachée (2019). Et c’est à l’inverse en invoquant cette supériorité des lois de l’État que les accusés du procès de Nuremberg se sont défendus.

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