Au quotidien n°306 : Mgr Aupetit ou la fin de l’ère Lustiger ?

Publié le 08 Déc 2021
Au quotidien n°306 : Mgr Aupetit ou la fin de l’ère Lustiger ? L'Homme Nouveau

Historien, Denis Pelletier publie une tribune dans La Croix (7 décembre 2021) pour montrer que le départ de Mgr Aupetit de Paris marque la fin de l’ère instaurée par Mgr Lustiger. Sans le dire en ces termes, il entend montrer que c’est l’échec d’une troisième voie (ni traditionalisme ni progressisme), qui se déroule ainsi sous nos yeux. Et, bien sûr, il estime que la marche en avant, dont la synodalité est une étape, conduira à des jours meilleurs. On connaît dans d’autres registres comment se termine ce type d’espérance : avec « la gueule de bois » et le désespoir au cœur.

Davantage que sur les causes, réelles, supposées ou affichées, de l’acceptation rapide par Rome de la démission de Mgr Michel Aupetit, il faut s’interroger sur sa signification à l’échelle de quarante ans d’histoire. Cette démission marque, d’abord et avant tout, la crise d’un système de gouvernement du diocèse de Paris qu’avait imposé Mgr Jean-Marie Lustiger, (archevêque de Paris de 1981 à 2005), et que ses deux successeurs ont cru pouvoir maintenir. La crise, donc, de ce qu’on pourrait appeler le « modèle lustigérien ».

La confiance entre Mgr Lustiger et Jean-Paul II reposait sur une commune conception de l’Église et de son rapport à la modernité comme problème philosophique et ecclésial : une relation de dialogue conflictuel avec le monde moderne, nourrie d’une vraie connaissance de ses acquis, notamment en termes de droits humains, et d’une commune critique de ses « excès ». L’un et l’autre tenaient la modernité héritée des Lumières comme partiellement responsable des totalitarismes du XXe siècle.

Après la mort du cardinal, ce modèle lustigérien de l’Église parisienne a poursuivi sur sa lancée, au risque de virer à l’entre-soi. Son successeur, Mgr André Vingt-Trois, avait enseigné au séminaire d’Issy avant de devenir vicaire général du diocèse puis évêque auxiliaire. C’est à lui que revint le soin de mener à terme le projet des Bernardins, vitrine parisienne d’un certain catholicisme intellectuel. Longtemps médecin généraliste à Colombes, Mgr Michel Aupetit a fait à Paris toute sa carrière de prêtre, de vicaire général puis d’évêque auxiliaire. Mais ce n’est faire injure ni à l’un ni à l’autre que de dire qu’ils n’ont eu ni l’envergure intellectuelle ni l’aura de leur prédécesseur. Du coup, le modèle d’autorité dont ils héritaient a perdu son sens et son efficacité.

(…)

Ce qui est en jeu dans la démission de Mgr Aupetit, c’est donc l’épuisement d’un modèle d’autorité, spécifique à Paris et jugé utile en tant que tel, qui faisait contrepoids aux incertitudes et aux divisions de l’épiscopat français, et que les successeurs de Mgr Lustiger n’ont pu maintenir. C’est qu’aussi les temps ont changé. Confronté à une crise globale du catholicisme, le pape mise sur la synodalité et sur une forme de déconcentration de la décision au niveau des Églises locales. Il a pour cela besoin d’interlocuteurs solides sur lesquels il puisse s’appuyer.

Ce contenu pourrait vous intéresser

Société

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
SociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique
SociétéFin de vie

Euthanasie : les Ehpad catholiques en danger

Alors que la Sénat a rejeté le 21 janvier dernier le principe de la mort volontaire et a voté le 28 janvier la loi sur les soins palliatifs, la menace n'est pas écartée. Si l'Assemblée nationale revient sur son texte initial de mai 2025, la situation sera invivable pour les établissements refusant de pratiquer l’euthanasie. Le combat n'est pas fini pour le respect du droit à la vie.

+

euthanasie
Société

Pas de culture chrétienne sans Dieu

L’Essentiel de Joël Hautebert | De multiples motivations et intentions expliquent un regain de revendication de la culture française et chrétienne. Mais on ne peut vouloir une civilisation chrétienne en évacuant son fondement, Dieu, dans le mystère de la Sainte Trinité.

+

culture chrétienne