Au quotidien n°347 : un processus de décivilisation…

Publié le 23 Fév 2022
Au quotidien n°347 : un processus de décivilisation… L'Homme Nouveau

Politologue et essayiste, dont personne n’est obligé de partager toutes les analyses, Gaël Brustier pose dans le dernier numéro de L’Express (17 février 2022) un regard sur le processus de « décivilisation » à l’œuvre sous nos yeux. Une perception partielle mais globalement bien vue.

Du cœur de nos sociétés, une forme de brutalisation progresse insidieusement, s’insinuant via certains médias, émissions liées aux réseaux sociaux, qui véhiculent par une violence tantôt latente tantôt assumée une exacerbation du débat public et des rapports sociaux, la mise en exergue de l’opinion de chacun comme instrument d’une forme de suspicion. La loi des suspects se dispense de loi et les tricoteuses sont lâchées. Dans d’autres pays, des actes violents sont constatés : dans le Land de Hesse, un dirigeant de la CDU a été assassiné en 2019. Au Royaume-Uni, depuis 2015, deux députés aux Communes ont été tués.

(…)

L’usage des réseaux sociaux est le plus souvent dépourvu de discernement. Toute analyse peut rencontrer une foule d’anonymes qui condamnent et parfois menacent de mort l’adversaire. L’individualisation de nos sociétés a rencontré un médium à fonction d’étincelle : l’explosion est désormais proche. La construction d’une vision du monde par chacun le soustrait à sa responsabilité, l’appartenance collective, et lui octroie un pouvoir sur l’autre, qui peut devenir un droit de vie ou de mort.

(…)

es responsables politiques se soumettent à des codes médiatiques engendrant la brutalisation, fragilisent leur légitimité et contribuent à accroître la vulnérabilité d’élus que l’onction des urnes ne parvient plus à immuniser contre la violence d’individus érigés en procureurs d’un instant. L’Heure de Vérité ou Questions à Domicile pouvaient susciter quelques critiques, certes. Cédant aujourd’hui à l’attraction de programmes de divertissement, les responsables politiques deviennent les cibles consentantes d’un jeu de massacre médiatique qui n’est que le détonateur de la violence physique aux contours politiques ou antipolitiques. Des émissions parées de la vertu du lien avec « le peuple » ou « la jeunesse », comme celles de Cyril Hanouna, additionnent leur propre violence à la potentialisation explosive des réseaux sociaux, savamment valorisés et excités. Ce qui est « on line » passe dans le « off line », c’est-à-dire dans la vie réelle, avec des conséquences directes ou non. La voie de la décivilisation est désormais ouverte…

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