Au théâtre : Le Mariage

Publié le 07 Déc 2015
Au théâtre : Le Mariage L'Homme Nouveau

Voilà une pièce complètement décalée de l’esprit mondain actuel ! Un père reçoit la visite de sa fille Claire qui vient lui présenter son amie Suzanne pour lui annoncer son intention de contracter mariage avec elle. Elle demande à son père de venir à son mariage. Celui-ci refuse et il s’ensuit un dialogue où chacun cherche à faire entendre à l’autre les raisons de ses positions. La pièce aurait pu s’appeler l’affrontement, car son intérêt n’est pas uniquement et peut-être pas d’abord dans le pour ou contre le « mariage » homosexuel, même si elle donne le temps d’entendre de manière précise et rigoureuse les arguments avancés par les protagonistes, ce qui devient rare dans les dialogues de sourds actuels où l’on assiste à des juxtapositions de monologues. Ici, tout l’art du théâtre est de tenter de rapprocher non des positions inconciliables mais de montrer la violence du divorce intime résultant de la séparation de deux êtres, un père et sa fille, quand ils n’arrivent plus à s’entendre. Là, l’affrontement est bien réel, car il y a une déchirure de l’amour à laquelle au fond ils ne consentent ni l’un ni l’autre.

Cœur à cœur blessé

Cet affrontement met à mal la pestilentielle tolérance actuelle, support d’une indifférence à l’autre sous le couvert d’un pseudo-respect. Ce père et sa fille s’affrontent avec passion, dans une violence réelle, en présence d’un tiers qui est comme la voix d’un chœur médiatique invisible porteur de la doxa contemporaine, et leur corps à corps, leur cœur à cœur blessé, donnent à entendre les accents de la souffrance humaine dans la vérité de ce qui peut abîmer des vies. Le plus paradoxal, mais le plus fort de cette pièce, à la différence des pseudo-débats méprisants auxquels le public assiste trop souvent sur des sujets où ce qui peut se dire n’est acceptable qu’à l’intérieur d’une doxa déjà établie et souveraine, est dans la liberté d’un verbe qui préfère le vrai au convenable. Une pièce à voir d’urgence !

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg Montmartre, Paris IXe. Les 13 décembre à 14 h 30, 26 décembre à 20 h 45, 27 décembre 17 h, 31 décembre 21 h 30 (suite de la programmation en janvier). Rés. : 01 47 70 32 75.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCulturePhilosophie

André de Muralt, un aristotélicien et un thomiste dans notre temps

Figure discrète mais essentielle de l’école aristotélicienne et thomiste contemporaine, le philosophe suisse André de Muralt s’est éteint le 13 avril dernier, à l’âge de 94 ans. Se situant à rebours du déconstructivisme alors triomphant, il est demeuré relativement méconnu en France, bien que l’acuité et l’ampleur de ses analyses en métaphysique et en théorie de la connaissance en fassent un auteur incontournable pour quiconque entend sérieusement faire œuvre de philosophe.

+

andré de muralt