Au théâtre : Le Portrait de Dorian Gray

Publié le 14 Mar 2016
Au théâtre : Le Portrait de Dorian Gray L'Homme Nouveau

L’art a-t-il rien à voir avec la morale ? Le Beau peut-il arbitrairement être détaché du Bien et du Vrai ? La question est remarquablement posée dans cette œuvre géniale d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray. Depuis que la photographie existe, chacun peut, à travers les portraits de famille, contempler sur son visage non seulement l’œuvre inexorable du temps, mais plus profondément les traces de l’histoire d’une âme. Rien n’est plus réaliste que la lecture d’une telle image. L’originalité créatrice de cette œuvre est de rendre l’image plus vraie que son sujet. Le portrait vieillit, Dorian Gray conserve sans une ride sa grâce et sa jeunesse. L’Art serait-il plus vrai que nature ? À sa façon, Oscar Wilde répond par cet aveu : « Dorian Gray contient trop de moi-même, Basil est ce que je pense être, Harry ce que les gens pensent que je suis et Dorian ce que j’aurais aimé être en d’autres temps ».

Être cet autre que je ne suis pas, mais que j’aurais aimé être, faire de sa vie un rêve et non une réalité, est une manière de consentir à vivre quand on ne peut supporter la vie telle qu’elle est. Telle est la tentation suprême de l’esthétique quand elle prétend devenir la forme même de la vie. Le Portrait de Dorian Gray est génial parce qu’il en montre l’imposture. Nous ne devenons pas autres que ce que nous faisons de nous-mêmes. Le jeune et brillant Gray en fait l’expérience à ses dépens. Ce roman, Thomas Le Douarec a su l’adapter avec finesse et intelligence pour le théâtre et l’interprétation des comédiens de sa compagnie a toute la force nécessaire de présence et de conviction pour nous plonger dans la vigueur et l’ironie mordante du texte qui, lui, n’a pas vieilli d’une ride. Un très beau et enrichissant spectacle !

Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris VIe. Jusqu’au 3 avril, du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 17 h.  Dimanches 20 et 27 mars et 3 avril à 18 h. Rés. : 01 45 44 57 34.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureArt et Patrimoine

L’art contemporain est-il encore de l’art ?

Carte blanche à Yves Chiron | Will Gompertz est critique d’art et il a longtemps dirigé la Tate Galley de Londres. L’ouvrage qu’il a consacré en 2012 à l’art moderne et contemporain, sous le titre Que regardes-tu ?, a été traduit en 22 langues. Selon lui, l’art contemporain est passé de l’« œuvre » à l’« idée ». La fonction de l’art n’est plus d’embellir le monde mais de faire réfléchir la société. 

+

art contemporain
À la uneCultureLectures

Boîte à livres (3/4) : Les grands livres sont des pédagogues du Paradis

DOSSIER n° 1858 « La boîte aux livres de votre été » | En quelques années, les boîtes à livres se sont répandues dans nos villes, et même parfois jusqu’aux plus reculés de nos villages. Empruntant à ce concept, L’Homme Nouveau s’offre le luxe de constituer sa propre boîte à livres pour l’été. Nous vous offrons dans les articles suivants des conseils avisés pour un feu d’artifice littéraire.

+

boite à livres Romain Debluë
À la uneCultureLectures

Boîte à livres (1/4) : La poésie de la trouvaille 

DOSSIER n° 1858 « La boîte aux livres de votre été » | En quelques années, les boîtes à livres se sont répandues dans nos villes, et même parfois jusqu’aux plus reculés de nos villages. Empruntant à ce concept, L’Homme Nouveau s’offre le luxe de constituer sa propre boîte à livres pour l’été. Nous vous offrons dans les articles suivants des conseils avisés pour un feu d’artifice littéraire.

+

boite à livres