Blaise Pascal et la proposition chrétienne

Publié le 16 Juin 2023
proposition chrétienne

Face aux tentations issues des nouvelles découvertes scientifiques, Pascal le savant, Pascal le philosophe a su éviter les écueils rencontrés par l’Église de son temps. Il s’est concentré sur la seule science véritablement essentielle à ses yeux, celle du salut – mais sans jamais l’opposer aux autres. La proposition chrétienne, titre du dernier livre de Pierre Manent sur Pascal, est de toute éternité.   Vous évoquez, dans l’avant-propos à votre ouvrage, Pascal et la proposition chrétienne, la « renaissance » frondeuse de l’Europe. L’œuvre de Pascal est-elle une réponse? Pascal ne répond pas à la Renaissance. La Renaissance, surtout si l’on y inclut la Réforme, fut un immense effort pour retrouver le sens exact des textes hérités, et d’abord les textes eux-mêmes, la lettre même des textes, qu’il s’agisse des écrits des auteurs grecs et latins, ou des écritures juives et chrétiennes. Pascal répond plutôt au mouvement qui a suivi la Renaissance, qui supposait celle-ci, mais qui allait dans une direction tout à fait différente et pour ainsi dire opposée. Au lieu d’être tourné vers des textes venus d’un lointain passé pour en retrouver le sens exact, ce mouvement regarde vers l’avenir, il élabore des méthodes nouvelles pour construire un monde nouveau. Ce projet cristallisa au XVIIe siècle en prenant deux grandes formes : l’une tournée vers la connaissance de la physique mathématique et expérimentale, l’autre tournée vers le monde humain qu’il s’agit de reconstruire rationnellement après l’avoir décomposé en ses éléments de base que sont les individus titulaires de droits. Ces deux mouvements modifièrent très profondément les attentes humaines, plaçant l’Église et les chrétiens dans une posture inconfortable et principalement défensive. C’est dans ce contexte que Pascal intervint. Quel est le sens du mot « proposition »? La religion chrétienne repose sur une annonce, une « bonne nouvelle » annoncée aux hommes. Cette annonce au XVIIe siècle n’est pas différente en elle-même de ce qu’elle était au temps des Apôtres, mais la condition des auditeurs potentiels était en train de changer considérablement. Alors que l’Église pâtissait d’une longue histoire tourmentée qui ne semblait pas avoir conduit à un « ordre chrétien » bien convaincant, le projet moderne sous les deux aspects que j’ai mentionnés proposait une « annonce » bien tentante, cette transformation radicale de la condition humaine par les moyens combinés de la science et de la politique modernes, moyens reposant sur une méthode inédite formée…

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Propos recueillis par Marie Piloquet

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