Entretien : Professeur là où l’on siffle la France
À 45 ans, Jean-François Chemain retrouve la foi de son enfance. Agrégé d'Histoire, il troque une prestigieuse carrière pour enseigner dans un collège de Zone Éducative Prioritaire (ZEP). Une expérience exigeante mais enrichissante qu'il relate dans Kiffe la France (Via Romana, 236 p., 20 euros).Pourquoi, ou plutôt pour qui avez-vous écrit ce livre ? Jean-François Chemain : Vous me posez une colle ! À vrai dire, j’ai commencé à écrire le soir, en rentrant du collège. J’avais le sentiment de vivre des choses marquantes que je ne voulais pas oublier. C’était comme un pense-bête. Alors j’ai écrit et puis un jour, mis bout à bout, ça faisait un livre. J’en ai parlé à l’éditeur avec qui j’avais publié mon premier ouvrage, il a été emballé par le projet. Pourtant, en vous lisant, on a le sentiment que vous vous adressez à quelqu’un, vous avez une manière assez pédagogique de relater votre expérience. N’avez-vous pas remodelé votre texte ? Je l’ai à peine retouché, hormis la mise en forme, lorsque j’ai eu l’idée de présenter chacune de mes anecdotes comme autant de moments d’une semaine de cours. Ce livre se veut-il être un témoignage ? Certainement, un témoignage pour la France. Ce n’est pas facile d’être « prof », surtout face à des jeunes d’origine étrangère dont beaucoup n’ont aucune envie de s’intégrer et pourtant, il y a mille et une raisons d’espérer, chaque jour le meilleur côtoie le pire. C’est ce que j’essaie de dire tout au long de mon livre. Vous dressez un portrait au vitriol de l’IUFM par lequel vous avez dû passer après votre agrégation. Ne craignez-vous pas des retours négatifs ? ...