Constitution Dei Verbum sur la Révélation : des auteurs humains inspirés par l’Auteur divin

Publié le 11 Fév 2026
bible écritures dei verbum

Manuscrit de la Mer Morte. (Photo : Ken & Nyetta, CC BY-SA)

Dans son audience du 4 février, le pape Léon XIV poursuit sa catéchèse sur les documents du concile Vatican II : I. La Constitution dogmatique Dei Verbum 4. La Sainte Écriture : Parole de Dieu en paroles humaines.

 

Depuis le début de l’année, le Pape a commencé une série d’allocutions, lors des audiences hebdomadaires, sur les textes du Concile. Heureuse initiative, pour deux raisons. D’abord parce que ne sont considérés comme conciliaires que les textes approuvés par le Pontife Romain. C’est ainsi que le fameux canon 28 du Concile de Chalcédoine sur la relativisation de la primauté romaine, non approuvé par saint Léon le Grand, ne fait pas partie des actes du Concile. Il en va de même pour le concile de Bâle, etc.

La seconde raison est que, trop souvent, tant les détracteurs que les louangeurs, s’appuient davantage sur l’esprit du Concile que sur le Concile lui-même. L’exemple le plus frappant est la nota praevia de la constitution Lumen gentium à propos de la collégialité. Elle fait partie des actes du Concile sur la demande expresse de Paul VI ; mais qui en tient compte aujourd’hui ? On pourrait donner d’autres exemples.

L’initiative du Pape actuel rejoint celle de Benoît XVI, lorsque dans son fameux discours des vœux de Noël 2005, il entendait relire le Concile dans une herméneutique de continuité et non de rupture. Une fois encore l’adage scripta manent s’avérera décisif, du moins faut-il l’espérer.

Constitution Dei Verbum

Le Pape a commencé lors de l’audience du 4 février dernier par la constitution sur la Révélation : Dei Verbum. Elle est hélas peu connue, mais nous indique dans la Sainte Écriture, lue dans la Tradition vivante de l’Église, un espace privilégié de rencontre où Dieu continue de parler aux hommes de tous les temps, afin qu’en l’écoutant, ils puissent le connaître et l’aimer.

Les numéros 11-13 regardent le dogme de l’inspiration biblique. Les textes bibliques, en effet, n’ont pas été écrits dans un langage céleste ou surhumain. Ils sont inspirés de Dieu, ils ont vraiment Dieu pour auteur, mais celui-ci s’est servi d’un instrument libre et raisonnable qui, sous la conduite du Saint-Esprit, a écrit ce que Dieu voulait, dans un langage humain.

Dieu a choisi de parler en se servant des trois langages araméen, hébraïque et grec. Les auteurs inspirés ont rédigé les textes scripturaires sous la conduite de l’Esprit Saint. Ainsi, non seulement dans son contenu, mais aussi dans son langage, l’Écriture révèle la miséricordieuse condescendance de Dieu envers les hommes. Dieu est l’auteur principal de la Sainte Écriture, mais les hagiographes sont de vrais auteurs.

Si donc l’Écriture est la parole de Dieu exprimée en termes humains, toute approche qui néglige ou nie l’une de ces deux dimensions est limitée. Il s’ensuit qu’une interprétation correcte des textes sacrés ne peut faire abstraction du contexte historique dans lequel les textes ont mûri, ainsi que des formes littéraires utilisées. Renoncer à l’étude des langages humains dont Dieu s’est servi risque de déboucher sur des lectures fondamentalistes ou spiritualistes de l’Écriture, qui trahissent son sens.

Les papes Léon XIII, Pie XII, Paul VI et Benoît XVI principalement ont insisté dans ce sens. À chaque époque, l’Église est appelée à proposer à nouveau la Parole de Dieu dans un langage capable de s’incarner dans l’histoire et de toucher les cœurs. Comme le rappelait le pape François, « chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. »

Sous la conduite du Saint-Esprit

Mais, est réductrice aussi une lecture de l’Écriture qui néglige son origine divine et finit par la considérer comme un simple enseignement humain, comme quelque chose à étudier simplement d’un point de vue technique ou comme un texte seulement du passé. Chose, hélas, fréquente aujourd’hui.

Au contraire, surtout lorsqu’elle est proclamée dans le contexte de la liturgie, l’Écriture entend parler aux croyants d’aujourd’hui, toucher leur vie présente avec ses problématiques, éclairer les pas à faire et les décisions à prendre. Cela n’est possible que lorsque le croyant lit et interprète les textes sacrés sous la conduite du même Esprit qui les a inspirés. Et cela n’est pas protestant. On trouvait déjà cette phrase conciliaire sous la plume de dom Delatte lui-même.

L’Écriture sert à nourrir la vie et la charité des croyants, comme le rappelle saint Augustin : « Quiconque croit avoir compris les Écritures divines […], sans toutefois réussir, avec ce qu’il a compris, à ériger l’édifice de ce double amour – de Dieu et du prochain –, ne les a pas encore comprises. »

Rendons grâce au Seigneurqui, dans sa bonté, ne laisse pas notre vie manquer de la nourriture essentielle de sa Parole, et prions-le, par sa Mère et la nôtre qui « conservait toutes choses en son cœur », pour que nos paroles, et plus encore notre vie, n’obscurcissent pas l’amour de Dieu qui y est raconté.

 

>> à lire également : DOSSIER – Catholicisme social (1/4) | La « doctrine sociale de l’Église » : entre principes et contingences

 

Un moine de Triors

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