Catholicisme social (2/4) | Ketteler, « notre grand précurseur »

Publié le 10 Fév 2026
ketteler
> Dossier du n° 1848 : « Catholicisme social : aperçu sur une histoire méconnue »
Peu connue du public français, la figure de monseigneur von Ketteler, apôtre du catholicisme social, vient de faire l’objet d’une biographie qui éclaire son parcours et son apport.

  Wilhelm von Ketteler, né en 1811, est devenu prêtre tardivement, à 33 ans, après avoir renoncé à une carrière dans la haute administration. Il est évêque de Mayence à 38 ans, fonction qu’il exercera jusqu’à sa mort (1877). À deux reprises, il sera député : en 1848 et en 1871. À chaque fois il démissionnera, après un an de travail parlementaire, pour retourner exercer pleinement son ministère auprès de ses fidèles.

La question ouvrière

Jérôme Fehrenbach, dans la première biographie historique parue en français, montre, de façon excellente, comment Ketteler fut un homme d’initiatives, à la fois apôtre, réformateur et ardent défenseur des droits de l’Église. Sans en être le fondateur, il est dès l’origine, en 1848, l’animateur du Katholikentag, le « Rassemblement général des associations catholiques d’Allemagne » qui aura, jusqu’à nos jours, un rôle important dans l’Église en Allemagne. Il est, avec le laïc Windthorst (1812-1891), une des figures centrales du Zentrum, le parti catholique qui s’est constitué en 1870. Et ils sont tous deux les grands opposants au Kulturkampf (« le combat de la culture ») engagé par Bismarck contre l’Église catholique. En tant que prêtre puis en tant qu’évêque, Ketteler fut le fondateur de différentes œuvres caritatives, éducatives et hospitalières. Mais très tôt, face aux disettes qui frappèrent l’Allemagne dans certaines régions dans la première moitié du XIX siècle et face aux révolutions qui secouèrent le pays, il prit conscience que les œuvres catholiques, quoique indispensables, ne suffisaient pas. Il fallait s’opposer aussi bien au capitalisme égoïste qu’aux revendications illusoires et matérialistes des révolutionnaires et des radicaux. Il fallait tout à la fois une doctrine sociale catholique et un programme d’action concret. Jérôme Fehrenbach montre bien comment les interventions successives de Ketteler marquent une évolution de sa pensée en matière sociale. À l’automne 1848, à Mayence, il prononce six sermons retentissants qui veulent éveiller les consciences. En 1864, il publie un livre, La Question ouvrière et le christianisme, qui dénonce les contradictions du capitalisme et qui aura une grande diffusion. Le 25 juillet 1869, à Offenbach, dans le bassin le plus industrialisé de son diocèse, devant 10 000 ouvriers, il prononce…

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Yves Chiron

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