« Devant le tonneau de poudre atomique » (Bernanos)

Publié le 31 Oct 2022

Ernest Gengenbach eut son quart d’heure de gloire warholien en 1925. Séminariste, il avait été une nuit l’amant d’une obscure actrice et s’en était vanté. Rejeté par son séminaire et par sa famille, il alla trouver André Breton, qui publia son histoire dans sa revue La Révolution surréaliste, très hostile à l’Église. Gengenbach retomba vite dans l’obscurité même si, toujours en soutane, il se prétendait mensongèrement prêtre, publiait des romans pornographiques et satanistes et passait de repentirs en rechutes. En 1945, toujours en quête de notoriété, il adressa une lettre à Bernanos pour le piéger, sans doute au sujet de la bombe atomique. Celui-ci ne s’y laissa pas prendre. À la façon de sainte Bernadette répondant à ceux qui lui demandaient, lorsque les Prussiens s’approchaient de Nevers, si elle avait peur d’eux : « Non, mais des mauvais catholiques », Bernanos répondit : « Le plus sûr témoignage de la conquête du monde par Satan, ce n’est pas la bombe atomique, c’est la lâcheté des gens d’Église en face d’une société qui depuis des siècles se fortifie contre Dieu » (N.B. : n’oublions pas que tous les baptisés et non seulement le clergé sont « gens d’Église »). Puis Bernanos se mit à imaginer, un mois jour pour jour après Hiroshima, un « hors-la-loi », auquel il prêta les traits d’un corsaire connu, un « homme seul », capable de « faire trembler demain peut-être New York, Londres et Moscou ». Il le campa, « fumant sa pipe devant le tonneau de poudre atomique » et « disant aux hommes devenus d’irrémédiables salauds : “Un pas de plus et je fais sauter la planète” », et trouva cela « assez consolant » (sic) face aux « colossales organisations économiques qui ne méritent plus depuis longtemps le nom de patries ». On pourrait se rassurer en se disant que toute ressemblance de cette lettre avec la situation présente ne saurait être que fortuite et fort limitée, mais est-ce vraiment le cas ? Quoi que nous pensions des responsabilités dans cette situation, il s’agit aussi de lutte entre de « colossales organisations économiques », « fortifiées contre Dieu » ; cette lettre, écrite au lendemain d’Hiroshima et où il est question de Satan, comme aujourd’hui, est saisissante. Puisse-t-elle surtout nous faire prendre au sérieux la prière à l’archange saint Michel qu’ont demandée en 1884 Léon XIII et cent ans plus tard Jean-Paul II, et commencer dès aujourd’hui à la réciter de tout notre cœur : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours…

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Didier Rance

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