Dix jours sans écran

Publié le 30 Mai 2008
Au quotidien n° 247 : état de droit et refondation politique L'Homme Nouveau

La nouvelle fait la Une du Monde de ce vendredi 30 mai. Et, même, d’un dessin de Plantu, toujours en Une. L’info ? Elle est assez simple. Elle ne concerne pas le Président Sarkozy, ni les élections aux États-unis. Pas plus qu’elle n’évoque la Chine ou l’augmentation du coût de la vie. Non, la Une du Monde est consacrée à « l’expérience » menée à Strasbourg dans une école primaire. Pendant dix jours, et ce depuis le 20 mai, 254 élèves « s’efforcent » de vivre sans télévisions et sans ordinateurs. Et, même, sans consoles de jeux. Une semaine après le début de « l’expérience », il paraît que le taux de réussite est de 90%. Le directeur de l’école se félicite. Du lien social – oui, vous avez bien lu – a été créé. Entre enfants ! Entre des enfants qui jouent normalement dans la même cour de récréation ! De son côté, le secrétaire d’État à la famille, Nadine Moreno a même fait le déplacement.
Pas question, bien sûr, de remettre en cause le bien fondé d’un sevrage de télévision, surtout pour des enfants. Plusieurs questions se posent quand même.

– On parle par exemple « d’expérience ». D’expérience avec des enfants. Si, ici, la finalité de l’opération est bonne, on peut se demander si par ailleurs d’autres « expériences » sont menées avec des enfants qui deviennent ainsi des matériaux à expérience. Des petites souris de laboratoire.
– Depuis des années, les médecins, les psychologues et les spécialistes de l’enfance mettent en garde contre les dangers d’un rapport long et fréquent des enfants avec la télévision. Apparemment, sans effet jusqu’ici. D’autant plus sans effet que la télévision appartient désormais à la gamme des moyens pédagogiques. Des professeurs n’hésitent pas pour un devoir de demander à leurs élèves de regarder telle émission ou tel film. Mettra-t-on fin à cette habitude qui laisse croire que voir un film ou un documentaire remplace le travail personnel, la lecture d’un livre et la recherche de documents ?
– Plus globalement, c’est la place de l’outil télévision dans notre société de consommation qu’il faut pointer. Tout est organisé pour que l’être humain, déjà réduit depuis longtemps au stade d’homme économique, devienne de plus en plus un homme consommateur. La télévision est par excellence le moyen de la consommation. Non seulement parce que la publicité occupe une place de plus en plus grande et qu’elle détermine par sa manne les budgets des chaînes, mais aussi parce que face à la télévision nous consommons de l’image, du son, du temps, dans une attitude passive. Le fait paradoxal est que nous sommes passifs mais pas ce que nous recevons. D’où la tension et l’énervement qui naissent d’une trop longue pratique de la télévision. Sans parler des images qui restent.
– Fait intéressant de cette « expérience » strasbourgeoise : le bon sens revient. Des parents découvrent que la télévision a pourri leur vie de famille. Ils découvrent que leurs enfants ne sont plus aussi énervés le soir. On leur avait vendu la télévision comme une nounou agréable et ils découvrent que la sorcière habite leur foyer. C’est la confidence d’une mère de famille au Monde : « grâce à cette expérience, l’atmosphère est paisible à la maison. Je crois qu’il y a des choses que je vais conserver : ne plus regarder la télé en mangeant, jouer aux jeux de société, lire une histoire à mon fils le soir ». C’est un bon début, en effet ! On raconte qu’aux États-Unis, une longue panne d’électricité dans une ville un soir entraîna neufs mois plus tard un regain démographique. Entre vivre sa vie et regarder celles des autres, souvent virtuelles, le choix est simple. Notre défense de la culture de vie passe aussi par ce dépouillement télévisuel.
 

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