Écoles libres et cité « parallèle »

Publié le 13 Oct 2015
Écoles libres et cité « parallèle » L'Homme Nouveau

Alors que 2 millions d’élèves (17 % du total) sont rentrés cette année dans des établissements sous contrat dont 90 % sont catholiques, plus de 50 écoles hors contrat devaient être à nouveau créées. 60 000 élèves, du primaire au baccalauréat, sont recensés dans cette galaxie marginale d’écoles parallèles.

Entre une action catholique de dispersement ou d’enfouissement au sein de la cité, par exemple dans l’école publique, et une action de repliement identitaire au sein d’institutions spécifiques, par exemple dans les écoles indépendantes, y a-t-il obligation de trancher ? Évidemment non. Et l’erreur pastorale des évêques fut trop longtemps de dialectiser, opposer ces deux moments d’un rythme respiratoire (expansion et rétraction) ou cardiaque (systole et diastole). Tous les communautarismes, bons ou mauvais, relèvent de cette dichotomie, de cette tension nécessaire entre intégration et distinction avec les autres citoyens. C’est par la séparation, nonobstant un certain enfouissement, que les premiers chrétiens ont pu maintenir l’intégrité de leur foi dans le monde païen.

Des refuges sûrs

À plus forte raison, en période de crise et de relégation sociologique, l’Église pour redevenir conquérante jusqu’aux périphéries a besoin d’oasis, de refuges, d’institutions plus protégées où les fidèles se retirent et se séparent pour se fortifier. Non pas pour rompre avec les autres citoyens en se croyant meilleurs, bien au contraire : nous n’avons pas le monopole de l’amitié politique qui demeure notre bien commun temporel à tous, croyants et incroyants. Mais, en l’occurrence, ils constituent une condition indispensable au rétablissement de cette amitié naturelle menacée ou déchue, tels des anticorps pour reconquérir un organisme déficient. C’est non seulement le moyen de nous sauver (nos âmes plus encore que nos vies) et de sauver notre communauté chrétienne, dût-on passer par les arènes, mais aussi de sauver notre cité charnelle. Au-delà d’une défense chrétienne, c’est une défense civique en faveur de la liberté d’enseignement. Loin d’être une atteinte à l’unité nationale, c’est une résistance nationale pour tous aux empiètements d’un État totalitaire.

Nos écoles parallèles demeurent apostoliquement ouvertes. Mais enfin, elles disent bien la nécessité d’une légitime défense, d’un nécessaire repli pour faire face justement à la dictature du relativisme. Notre dissidence culturelle et sociale doit aussi devenir politique pour pouvoir (ré)agir efficacement. C’est-à-dire qu’elle suppose la (re)constitution d’un certain pouvoir temporel bien à même de protéger et défendre un reliquat d’espace de liberté pour les citoyens, pour leur vie spirituelle et leur opposition vitale à l’œuvre de la cultu­re de mort, selon le dessein de la Fondation pour l’école (1).

Une saine séparation

Notre séparation (inséparable de notre légitime inclusion dans la cité) n’est pas celle, pharisienne, du bon grain et de l’ivraie avant l’heure. Dans la culture spirituelle, à la différence de la culture agricole, la zizanie peut devenir du blé. C’est précisément le ressort de notre phase systolique de respiration catholique en vue d’une concorde diastolique par la grâce d’une conciliation naturelle, voire d’une conversion surnaturelle. Nous savons que les deux cités, les deux patries présentes en ce monde seront seulement établies définitivement au Jugement dernier, lorsque Dieu séparera les brebis d’avec les boucs et les appellera à sa droite. C’est en vue de cela que nous posons, dans la (dis)société actuelle, des écoles dissidentes ou la Polis parallèle pour parler comme Václav Benda (cf. L’HN des 20 juin et 4 juillet), directement accessibles aux périphéries. Comme un appel en filigrane à l’unité politique autour de la loi naturelle et de son bien commun démontré. Mais aussi et surtout un appel aussi universel à la conversion de tous au Bien commun surnaturel, non encore une fois parce que nous nous considérerions comme plus parfaits, mais parce que nous voulons nous sauver tous ensemble, nous et nos frères ennemis. Un appel à l’unité catholique plus large encore que l’unité politique précédente et qui est une partie de son programme en intégrant les incroyants au niveau de l’ordre naturel.

1. www.fondationpourlecole.org

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