Christianisme et esclavage (2/4) : Servitude et liberté : une lecture historique chrétienne 

Publié le 08 Avr 2025
esclavage

Le marché aux esclaves de Zanzibar vers le milieu du XIXe siècle : rien de nouveau.

> Dossier « Le christianisme face à l’esclavage »

Des premières communautés chrétiennes aux débats contemporains, l’histoire montre la lente maturation d’une conscience morale sur la dignité humaine. Le salut proposé par l’Évangile n’a pas immédiatement aboli les chaînes sociales, mais il a semé les graines d’une libération plus profonde. 

  Le sujet est complexe : presque deux mille ans d’histoire pour l’Église, avec une très grande variété des situations dans le temps et l’espace, et beaucoup plus pour l’esclavage comme réalité. Celui-ci est une évidence sociale et juridique, quasi universelle et durable, sur tous les continents, pendant très longtemps sans contestation véritable. L’Ancien Testament le connaît, tout comme les mondes grec et romain. Pourtant la production scientifique sur ce sujet est assez limitée.

Des sorts divers

Esclavage : de quoi parle-t-on ? On peut définir l’esclave comme la propriété légale d’un homme par un autre, si bien que l’esclave est considéré comme un outil animé (qui parle). Son maître a tout pouvoir sur lui. Les raisons de devenir esclave sont nombreuses : par naissance de parents esclaves, vaincus à la guerre, endettés qui subissent une contrainte par corps, achetés sur un marché. Le sort des esclaves est très divers : esclaves domestiques ou travailleurs dans des entreprises (agriculture, artisanat, mines, etc.). L’Onu en 2021 compte 50 millions de personnes victimes de l’esclavage moderne (28 pour le travail forcé, y compris sexuel, et 22 millions de mariages forcés). La Mauritanie l’a aboli plusieurs fois, en 1981, 2007 et 2015. Attention à l’anachronisme. La question de l’esclavage est récente : époque moderne et surtout XVIIIe. C’est une obsession de la fin du XXe siècle dans le monde occidental, dont la sensibilité juge facilement le passé à la mesure de notre présent : ainsi Périclès et la démocratie athénienne ont fini par être exclus, effacés de la Constitution européenne en 2004, au motif qu’il y avait des esclaves à Athènes et que les femmes ne votaient pas. D’où une double tentation face à ce « crime contre l’humanité » : soit une légende dorée chrétienne, à visée apologétique. L’Église et les chrétiens seraient la cause principale, voire unique de la fin de l’esclavage, et cela de manière constante. Soit aussi et surtout une accusation contre les Européens, avec la confusion fréquente entre esclavage, traite, racisme et colonisation européenne. Confusion dans laquelle on embarque l’Église dans une légende noire. Elle aurait été la complice de l’esclavage, en trahissant le…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Éric Picard

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Crise lycéenne : quand on ne sait plus nommer le bien

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les lycéens expriment un vrai mal-être et les pouvoirs publics leur répondent sur le même thème. Personne ne revient sur ce qu’est l’école et sur ce qu’elle doit donner. C’est bien pourquoi la colère naît et accouche de la haine, faute que soit jamais posée la question fondamentale du bien qui est poursuivi.

+

crise lycéenne
À la uneSociété

L’ultra gauche, levier politique de l’extrême gauche ?

Depuis les premiers blocages lycéens en septembre jusqu’aux importantes manifestations de ces dernières semaines, l’ultra gauche s’est emparée du mouvement par la violence. Associée à l’extrême gauche, elle s'en distingue pourtant fondamentalement, parson opposition au système, aux institutions et à toute autorité. Malgré son refus de participer à la lutte républicaine menée par l’extrême gauche, ne joue-t-elle pas le jeu de cette dernière ?

+

ultra gauche extrême gauche
À la uneSociétéÉducation

François-Xavier Clément : Il faut retrouver l’élan missionnaire et catholique de l’école… catholique

Entretien | Dans L’Enseignement catholique hors-la-loi ?, un petit ouvrage percutant, François-Xavier Clément, fondateur de Saint-Joseph Éducation et directeur du Centre de formation de l’éducation intégrale, dresse l’historique de la soumission de l’école catholique à l’État et appelle à revenir à l’origine surnaturelle de la mission éducative de l’Église.

+

enseignement catholique éducation école
SociétéBioéthiqueÉducation

La santé, cache-sexe de l’idéologie progressiste

La mainmise de l’État sur tous les domaines de la vie est particulièrement flagrante dans ce qu’il est convenu d’appeler la « santé sexuelle ». Sous le prétexte sanitaire se dissimule une nouvelle « morale » qui risque de condamner à terme toute résistance à une idéologie encourageant les comportements les plus déviants et toute référence à l’Évangile.

+

santé sexuelle gouvernement
Société

Mettre le feu

L’Essentiel de Joël Hautebert | Deux événements de ces derniers jours font ressortir le contraste brutal entre la jeunesse chrétienne et celle des lycéens en colère. Mais quoi d’étonnant pour celui qui sait ce qui enflamme les uns et les autres ? Une feuille de route a été donnée par Léon XIV à ceux qui recherchent la vie éternelle, laquelle ne leur sera offerte qu’au bout d’un engagement spirituel enraciné dans le charnel.

+

feu jeune jeunesse pape manifestations
SociétéLectures

Comment je suis devenu petit !

Carte blanche à Yves Chiron | Anthony Aubé a 42 ans et mesure 1,15 m. Il est atteint d’une pathologie désormais bien identifiée : la DSEC (dysplasie spondylo-épiphysaire congénitale), une des formes de ce que l’on appelait jadis le « nanisme ». Dans Comment je suis devenu petit !, il s’exprime sur ses difficultés de santé, ses défis scolaires et professionnels mais aussi sur le droit à la vie.

+

Anthony Aubé nain petit livre