Et si les médecins s’étaient opposés à la loi Veil du 17 janvier 1975 ? Un médecin témoigne

Publié le 28 Mar 2019
Et si les médecins s'étaient opposés à la loi Veil du 17 janvier 1975 ? Un médecin témoigne L'Homme Nouveau

Les médecins, en 1975, ne se sont pas opposés à la loi Veil, ou en tous cas pas assez fort. Aujourd’hui, alors que le droit à l’avortement paraît toujours plus intouchable, ils sont de plus en plus nombreux à refuser de pratiquer des avortements. Sauront-ils susciter une prise de conscience dans l’ensemble de la société ? 

Le Docteur Patrick de Saint Louvent est médecin interniste retraité et ancien journaliste médical, il était aussi jeune interne au moment du vote de la loi Veil. 

Lorsque, cet été, j’ai entendu l’entretien du Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens, affirmant ne plus pratiquer d’avortement et demander l’application de la clause de conscience, je me suis réjoui de voir un confrère découvrir, bien que tardivement, la nature des actes qu’il reconnaissait avoir pratiqués depuis de nombreuses années. Je me suis aussi souvenu de cette époque où nous nous battions contre la loi Veil en 1974…

J’étais jeune interne après avoir été externe à l’hôpital Beaujon dans le service de chirurgie du Professeur Jean Louis Lortat-Jacob et, parmi les arguments contre le vote de la loi, figurait le refus attendu des médecins d’appliquer cette loi. Le Professeur Lortat-Jacob était, comme la majorité de ses confrères, opposé à l’avortement comme à l’euthanasie au nom du respect de la vie, « de la conception jusqu’à la mort naturelle ». Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, il avait, à ce tire, rencontré Madame Veil et lui avait tenu ces propos qu’il nous a rapportés : « Madame le Ministre, les médecins ne sauraient accomplir ce geste que vous leur demandez. Vous serez contrainte de constituer un corps spécifique d’avorteurs, dans des locaux dédiés, des avortoirs ». Il était convaincu en prononçant ces mots qu’aucun de ses confrères, a fortiori ses élèves, engagés par le serment d’Hippocrate, « … je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif », n’accepterait jamais d’êtres complices d’un homicide. Dans le même temps, l’Église de France n’avait pas encore l’attitude qu’elle a aujourd’hui d’admirable fermeté dans le respect de la vie.

Madame Veil aurait ainsi elle-même déclaré que si les médecins, les évêques et les prêtres avaient défilé en tête d’une manifestation nationale, le vote n’aurait pas été le même.
Ainsi une fissure dans l’avortement est apparue 45 ans après l’annonce d’une folle espérance. Pourquoi tant de médecins acceptent-ils de pratiquer des avortements ?
Les médecins français ne sont pas un corps social particulier, ils ont le sentiment de répondre à une détresse pour laquelle le seul remède possible est la suppression de l’objet de la détresse. Reste que le refus d’un nombre suffisant de médecins est le meilleur argument pour faire comprendre la gravité de l’avortement et en limiter le nombre.
Pourquoi l’Italie qui dispose d’une loi depuis 1978 voit-elle diminuer régulièrement le nombre d’avortements, sinon par la volonté de 7 médecins sur 10, et 90 % en Sicile, de refuser de pratiquer des avortements ? L’Allemagne, elle, a réduit le nombre d’avortements de 23 % entre 2004 et 2014.
En France, le nombre d’avortements ne varie pas, il est de 210 000 environ par an soit un cas pour quatre naissances. Cette constance est le fruit d’une succession de lois et décrets banalisant l’acte et de l’absence de politique familiale. Les députés qui s’opposent publiquement à l’avortement se comptent sur les doigts des deux mains.
Nier la réalité de l’avortement est le fondement de la politique sanitaire depuis plus de 40 ans en France. Si l’enfant dans le ventre de sa mère n’est qu’un « homme en devenir », alors il est réduit à un amas de cellules que l’on peut détruire, aspirer et jeter.
Nier la vérité de cet acte n’a qu’un but : déculpabiliser la mère et permettre les « avancées » décidées successivement jusqu’à faire de l’avortement un droit fondamental.
La loi Veil reconnaissait la réalité de l’avortement, elle reconnaissait qu’il s’agissait de la suppression d’une vie un peu comme dans le cadre de la légitime défense. Elle dépénalisait l’acte dans les limites de la loi.
Simone Veil a fait voter sa loi en prônant « l’exception et l’ultime recours », ce qui paraît « angélique » eu égard à la situation actuelle. Mais on doit regretter qu’elle ne se soit jamais exprimée sur les évolutions successives de la réglementation : confirmation du caractère définitif de la loi après une probation de 5 ans, définition de l’embryon et du fœtus comme personnes humaines potentielles — déformant la pensée de Tertullien : « il est déjà homme celui qui va le devenir » —, suppression de la notion de détresse conduisant à un acte demandé sans justification, refus d’envisager les conséquences pour la mère, suppression de l’autorisation parentale pour les mineures, allongement des délais, prise en charge intégrale par l’assurance maladie, délit d’entrave à l’IVG… mais aussi négation des conséquences pour la mère.

Faut-il pour autant désespérer ? Une prise de conscience se développe dans notre pays, favorisée par ceux-là mêmes qui, niant la vérité, ont conduit à un libéralisme excessif.
L’impossibilité de pratiquer des avortements pendant 9 mois dans un hôpital de la Sarthe, en raison du refus de quatre médecins et d’un départ à la retraite, lève le voile sur les difficultés rencontrées dans de nombreux hôpitaux depuis plusieurs années, conduisant à augmenter la rémunération des médecins pour les attirer, et à remettre en cause la clause de conscience des médecins, même si le processus n’a pas encore abouti.
Et, répondant au quotidien La Croix, le Professeur Israël Nisand, Président du collège national des gynécologues et obstétriciens français, regrettait récemment que la législation française se consacre plutôt à la disponibilité de l’acte qu’à sa prévention : « Prévenir l’IVG vaut mieux que la faire ».
À cette prise de conscience de la « culture de mort », selon les mots de sainte mère Teresa, doivent en effet répondre les mesures de prévention. Il faut former les enfants les plus jeunes et les adolescents au respect de la vie, développer les foyers d’accueil de futures mères, aider les hommes politiques à comprendre les effets délétères de leur silence, proposer les éléments d’une politique familiale. Il n’est pas concevable que des couples soient obligés d’aller chercher en Asie ou en Bolivie des enfants à adopter alors que 200 000 enfants sont supprimés chaque année en France.
C’est à ce travail, aux Marches pour la vie, aux associations pro-vie que nous devrons de voir dans un jour prochain s’effondrer ce mur du respect de la vie qui sépare nos sociétés de la vérité. Il est déjà fissuré.
 

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