Fin décembre, le Centre européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) a publié un rapport alarmant sur la haine antichrétienne en Europe. Son auteur, Thibault van den Bossche, dresse ici un état des lieux alarmant et préconise essentiellement des moyens d’action inscrits dans le système juridique européen. Entretien.
| L’assassinat d’Ashur Sarnaya à Lyon en septembre dernier en est le dernier exemple frappant en date : les chrétiens sont en danger en Europe. Faut-il parler de haine antichrétienne ou de christianophobie ?
Ces deux termes ne recouvrent pas exactement la même réalité. « Christianophobie » est calqué sur « islamophobie », un mot utilisé par nos adversaires, qu’ils soient des États ou des groupes politiques, pour disqualifier toute critique de l’islam en la faisant passer pour une haine des musulmans. Il entretient volontairement la confusion entre une religion et ses fidèles. Même si le terme « christianophobie » est aujourd’hui largement employé, nous lui préférons celui de « haine antichrétienne », plus précis et plus juridique. Il permet de désigner des actes motivés par des idéologies clairement hostiles au christianisme, sans suggérer une peur irrationnelle. C’est pourquoi le rapport du Centre européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) présente les deux notions, tout en privilégiant celle de « haine antichrétienne ».
| 3 % de ces actes antichrétiens sont des assassinats ou tentatives d’assassinat, et la majorité ont eu lieu chez nous (5 personnes tuées depuis 2016). Comment expliquer que la France soit le pays le plus touché par ces actes ?
La haine antichrétienne se traduit par un continuum de violences qui ne sont ni à dissocier ni à banaliser : vandalisme, incendies criminels, profanations, vols d’objets religieux, menaces, violences physiques, et parfois homicides. En 2024, 2 211 actes contre les chrétiens en raison de leur foi ont été recensés en Europe selon l’Observatory on Intolerance and Discrimination against Christians in Europe (OIDAC). La France, mais aussi l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni sont particulièrement touchés. Les attentats visant des marchés de Noël, symboles chrétiens par excellence, sont commis par des individus musulmans djihadistes, souvent radicalisés en ligne et liés à l’État islamique. En France, la taille de la population musulmane implique mécaniquement une exposition plus élevée à la radicalisation terroriste. De la même manière, la densité exceptionnelle d’églises et de cimetières explique le niveau élevé d’actes antichrétiens, dont le vandalisme constitue l’écrasante majorité.







